Malgré sa rudesse et sa force, il pouvait à peine lutter avec moi, tant je travaillais avec ardeur.

Le pauvre garçon m’avait entendu appeler monsieur le comte par ce chevalier d’industrie qui m’avait vendu mon claim, et il me disait:

—Dis donc, Lecomte, passe-moi ma pioche, mon seau. Va couper du bois dans la forêt, fais le thé.

Comme ma plus grande souffrance était de manquer de linge propre, j’allais en laver au bord de la rivière.

Il me demandait si j’avais été blanchisseur à Paris.

Les eaux n’étaient pas encore retirées, les trous étaient submergés, et l’on était souvent obligé de se mettre dans l’eau jusqu’à la ceinture.

Cette eau est une espèce de vase acide qui vous brûle la peau; vois mes mains, j’ai eu des plaies jusqu’aux coudes, mes jambes ont été littéralement dépouillées; tout cela n’eût rien été si nous avions trouvé de quoi vivre, mais tous nos efforts étaient vains.

Lorsque Faubare me vit ainsi, il refusa de me laisser continuer.

Je n’avais jamais été à même d’apprécier d’aussi près un cœur d’ouvrier, et je dois dire que celui-là était plein de noblesse et de générosité, car il travaillait pour moi, m’apportant chaque jour, sous ma tente, tout ce que j’avais besoin et me rendant le compte fidèle de ce qu’il gagnait pour l’association.

J’avais beau lui dire qu’elle n’existait plus, puisque je ne pouvais rien faire, que je me regardais comme son débiteur, il ne voulait rien entendre.