Je vendis la plus grande partie de ce qui me restait en cachemires et bijoux, afin de vivre auprès de lui sans être à sa charge le temps qu’il resterait en France.
Je payai tout ce que je devais ainsi que quelques dettes qu’il avait faites pour moi, mais pour lesquelles cependant lui seul était engagé.
Robert n’avait pas vu assez clair dans ses affaires d’intérêt pour s’apercevoir de tous ces détails pécuniaires.
D’ailleurs, quoi que je fisse, il ne voulut pas demeurer chez moi.
Il loua une petite chambre dans un hôtel, rue Laffitte, mais il passait toutes ses journées auprès de moi.
Le théâtre lui portait ombrage; je l’aimais beaucoup à cette époque, je venais d’obtenir un grand succès; je touchais à un second, mais je l’abandonnai avec bonheur, puisque cela me mettait à même de sacrifier quelque chose à celui qui m’avait tout sacrifié. Amis, amies, jouissances du luxe, d’amour-propre, j’abandonnai tout, j’aurais voulu lui donner ma vie.
Ma nature, mon caractère se révélaient enfin à mes propres yeux.
J’avais été toute ma vie humiliée de recevoir, je me sentais fière de donner.
J’employais mille finesses pour faire accepter ces riens qui sont tout un poëme.
J’avais racheté tout ce que les créanciers de Robert avaient fait vendre: des tableaux, des effets, des armes.