Lorsque Robert se fut assuré du travail, sa seule ressource pour l’avenir, il me proposa sérieusement de m’emmener.

Avant cette époque, comme il n’avait rien, il ne m’en avait parlé que d’une façon indirecte, et ses demandes avaient toujours été subordonnées à un: Si je réussis.

J’avoue que je n’avais jamais envisagé l’idée d’un pareil voyage sans effroi, et puis, j’avais vingt raisons pour refuser.

S’il m’emmenait, cela allait encore jeter de la déconsidération sur lui, ses rapports avec le monde en souffriraient et cela ferait diminuer ses chances de fortune.

Sa famille serait indignée et persisterait à le laisser vivre dans cet abandon qui lui avait été si douloureux.

Mais son idée était bien arrêtée; il combattit mes objections avec toute la chaleur dont son âme était capable.

—Je n’ai que toi au monde, me dit-il; si tu refuses de me suivre, je ne partirai pas.

Mon courage, c’est toi! mon pays sera partout où tu seras.

Que m’importe l’opinion des miens? Se sont-ils souvenus de moi quand mon cœur avait besoin du leur?

Ils ont détourné la tête, dans la crainte que j’aie besoin d’eux.