Aujourd’hui, je suis heureux de cet abandon, parce qu’il me fait libre.

Jamais je n’aurai un regret, jamais je ne te ferai un reproche; mais j’ai besoin de toi pour vivre comme on a besoin d’air pour respirer.

J’avais cru devoir lui dire ce que je lui avais dit, mais je pensai qu’il était inutile de refuser plus longtemps, car par-dessus tout, mon désir le plus ardent, mon vœu le plus cher était de ne plus le quitter.

Je ne lui posai qu’une seule condition: c’est que ma fille adoptive me suivrait partout, je ne voulais la confier à personne.

Sa réponse fut deux gros baisers sur les joues de l’enfant. J’avais dit à Robert tout ce que j’avais fait pendant son absence. Cependant je n’avais pas osé lui avouer l’existence de ces Mémoires, mais ils ne m’appartenaient plus.

Ne sachant pas si Robert reviendrait, j’en avais disposé avant qu’ils fussent terminés, et voici comment:

Au plus fort de mes procès, un de mes amis, M. A... me demanda de les lui prêter. Il les lut, fut étonné, et les fit circuler sans que je le susse.

Lorsqu’il me rendit mes six volumes, ils avaient été lus par dix personnes.

J’en citerai quelques-unes dont l’opinion, sans qu’elles s’en doutassent, dicta ma conduite dans cette circonstance et peut la faire excuser.

La première fut M. Camille Doucet.