Son esprit doux et délicat s’effraya de ces révélations brutales, mais il ne les condamna pas, sachant que j’y avais été contrainte.
Mme Emile de Girardin, cette grande âme placée par Dieu au-dessus des autres âmes, compatissante pour ceux qui souffrent, indulgente et pleine de pitié pour tout ce qui est déchu, devina avec les délicatesses de son cœur de femme que la mort devait être préférable au suicide moral que j’avais accompli; quoique souffrante, elle passa la nuit à lire ces pages tombées de ma main comme des larmes tombent des yeux.
—Peu importe qui pleure, disait l’auteur de Marguerite ou les Deux Amours.
Nous devons écouter la plainte de tous ceux qui souffrent.
J’ai trouvé la lecture de ces Mémoires très-attachante, et si jamais ils sont publiés, ils auront du succès parmi ceux qui les comprendront tels qu’ils sont.
M. Dumas les lut aussi; son imagination ardente, son extrême bienveillance l’emportèrent bien au delà de la réalité, parce qu’il avait mesuré d’un coup d’œil les difficultés que j’avais eues à vaincre pour rallier ces souvenirs épars, les mettre en ordre, et rapporter des choses si difficiles à dire.
L’auteur d’Antony, que je connaissais à peine, parla de ces Mémoires à tout le monde.
Il inséra même dans son journal (le Mousquetaire) quelques lignes capables d’éveiller la curiosité et l’intérêt de ses nombreux amis.
A cette époque, j’eus l’occasion de me rencontrer avec une femme dont la réputation a fait grand bruit, sans doute parce qu’il y avait en elle deux personnalités et un surnom.
Un jour, c’était une chatte séduisante, souple, gracieuse; le lendemain, un vrai lion rugissant, griffes aiguës, œil étincelant, dents blanches qui déchirent, rien n’y manquait; la ressemblance était telle enfin que le nom lui en resta.