Il y avait pour lui une question d’avenir; mon avenir, à moi, je m’en inquiétais peu.
Je trouverai toujours le moyen de vivre d’un travail quelconque, mais lui... J’aurais mieux aimé mourir que le revoir exposé de nouveau à toutes les misères qu’il avait subies.
J’éprouve quelques terreurs à m’en aller si loin de mon pays, de ma beauté, de ma jeunesse. Il ne m’en restera bientôt plus que le souvenir. On ne peut aimer longtemps que la vertu, les mérites; pour aimer la femme qui vieillit, il faut qu’on l’estime, qu’elle soit la mère de vos enfants.
Si Robert allait redevenir ce qu’il était, violent, emporté! S’il allait se venger de m’avoir aimée! Si cette mer, dont le murmure me fait peur, allait m’engloutir! Si, enfin, je ne pouvais jamais revenir dans ce Paris où je suis née et que j’aime comme j’aimais ma mère, lorsque j’étais enfant!...
Peut être mourrai-je abandonnée là-bas, sous ce soleil brûlant qui dévore les plantes et les hommes.
Le portrait qu’il m’en a fait dans ses lettres n’est-il pas effrayant?
En cela, comme en toutes choses, que la volonté de Dieu soit faite! que ma destinée s’accomplisse!
Peut-être de grands événements m’attendent-ils à l’autre bout de cet horizon que je ne puis traverser de la pensée? Je vous écrirai chaque jour.
Puisse ce second journal, s’il vous parvient jamais, être plus intéressant et mieux écrit que celui-ci.
Si mes mémoires paraissent après mon départ, Robert n’en saura rien, car nous allons rester quatre mois en mer.