Nous avons fait un pas dans la cause. En ôtant le masque dont s’est affublé M. D..., nous trouvons derrière M. B...

M. B..., c’est bien le véritable adversaire de mademoiselle Céleste, c’est celui qu’elle a rencontré partout, dans le prétoire du tribunal comme dans la cour du Poinsonnet.

M. B... est-il créancier?

Il le dit, mais M. de ***, qui depuis douze ans a laissé entre les mains de son bijoutier banquier plus de 130,000 fr. de sa fortune, sous forme de billets et sous forme d’hypothèques, conteste le compte de son créancier, et le tribunal de la Seine est saisi d’une contestation élevée contre la créance de M. B...

Mademoiselle Céleste sait parfaitement qu’une des douleurs de ce procès, c’est de la forcer à révéler les fautes et les entraînements de sa vie. Elle sait qu’elle doit entrer dans le sanctuaire de la justice, comme on entre au tribunal de la pénitence. C’est l’attitude qu’elle n’a cessé de garder... devant ses juges. Mais elle ne se croit pas obligée de courber le front sous les outrages dont cherchent à l’abreuver MM. D... et B... Devant une attaque qui manque de mesure et de générosité, elle se relève sous l’affront, et, se retournant vers ses accusateurs, elle prend la liberté de leur demander qui ils sont pour l’insulter.

Si MM. D... et B... s’étaient toujours renfermés dans le strict exercice de la profession de joailliers, ils n’auraient pas aujourd’hui l’occasion qu’ils croient avoir trouvée de faire du puritanisme sur les débris des fortunes de fils de famille ruinés. Si MM. D... et B... s’étaient bornés à vendre des bijoux pour les corbeilles de mariage, ils ne seraient pas ou ne prétendraient pas être les créanciers de M. de ***. Leurs noms ne retentiraient pas dans des procès où les noms de fraude sont prononcés, et où des notes d’une exagération ridicule sont réduites, par la justice, à des proportions plus raisonnables. MM. D... et B... se souviennent que la défense de mademoiselle Céleste a plaidé qu’à côté des fils de famille qui se ruinaient, les femmes momentanément associées à leur existence pouvaient échapper à la gêne ou à la misère; mais MM. D... et B... ont oublié, sans doute, que la défense de mademoiselle Céleste a retracé un tableau complet du monde où M. de *** a rencontré MM. D... et B... Ils ont oublié que la défense s’est attachée à peindre ces spéculateurs de sang-froid, qui, surveillant la ruine progressive des jeunes gens entraînés par leurs passions, finissent par s’enrichir de leurs dépouilles.

Nous ne demandons pas mieux que d’évoquer de nouveau, devant les magistrats qui jugeront le procès, les images de cette existence parisienne, contre laquelle MM. D... et B... tonnent aujourd’hui avec une si vertueuse indignation. Les juges seront inévitablement frappés de ce contraste. D’un côté, des faiblesses, de l’affection, des fautes. De l’autre, du calcul et de l’égoïsme. Au surplus, sans sortir de la cause, mademoiselle Céleste propose à MM. D... et B... d’accepter un juge entre elle et eux. C’est M. de ***. Il est tombé d’assez haut et dans un abîme assez profond, pour voir clair, aujourd’hui, dans le passé de sa vie. Il expie assez courageusement les fautes de sa jeunesse pour jeter sur les entraînements de son existence un regard ferme et assuré. Que pense-t-il de mademoiselle Céleste? Il lui a conservé une affection sincère et sérieuse, il lui écrit les lettres les plus amicales. Que pense-t-il de MM. D... et B...? Il les considère comme les mauvais génies de sa vie.

Tous les titres, on veut bien le reconnaître, sont en faveur de mademoiselle Céleste. Qu’oppose-t-on à nos preuves?

On ne donne, il est vrai, que deux raisons principales. Réfuter ces deux raisons, c’est réfuter tout le mémoire produit au nom de nos adversaires.

On dit: 1o que les ressources personnelles de mademoiselle Céleste ne lui ont jamais permis de songer à acheter un terrain pour y faire construire le Poinsonnet.