M. de *** n’était point brouillé avec mademoiselle Céleste. Il séparait sa vie de la sienne, mais sans pensée de rupture définitive. Qu’y avait-il d’extraordinaire à ce qu’il s’occupât de la réalisation d’un projet qu’il avait inspiré, et dans lequel se trouvait la trace de son souvenir?

Y a-t-il lieu de s’étonner davantage si M. de *** a fait à ses frais, avec sa voiture et ses chevaux, le transport du mobilier de mademoiselle Céleste, comme nous le reprochent si haut MM. D... et B...?

Des mois s’étaient écoulés, le mariage de M. de *** avait manqué. Alors seulement M. de *** commença à s’apercevoir des embarras d’argent qui allaient le presser de toutes parts. Il mit sa terre en vente, et s’ennuyant tout seul dans le Berry, il prolongea ses séjours au Poinsonnet.

Le tribunal a su, du reste, que si ces messieurs avaient des yeux de lynx pour apercevoir les traces du passage de M. de *** au Poinsonnet, ils étaient complétement frappés de cécité devant les robes, les amazones, les métiers à tapisserie, les ouvrages à la main de mademoiselle Céleste.

Le reste des propriétés de M. de *** avait été vendu en son absence, avec des pouvoirs émanés de lui, mais qu’il n’avait pas donnés pour vendre à si bas prix, ce qui a donné lieu à des réclamations par lui adressées à M. M..., procureur de la République.

Alors seulement M. de *** a connu, pour la première fois, toute l’étendue de sa ruine.

Il est retourné au Poinsonnet, a vendu ses chiens à M. M..., ainsi qu’à deux ou trois autres personnes dont le nom nous échappe, a envoyé une partie de sa sellerie en payement à Johns, son sellier, a vendu une voiture et un cheval à M. S..., a donné à son piqueur, qu’il avait depuis six ans, les chiens trop jeunes pour être vendus, et le petit sanglier, dont il a été tant question dans ce procès. Il n’a laissé que ses effets exclusivement personnels, a mis en ordre tous les papiers et tous les reçus des travaux dont il avait surveillé l’exécution au Poinsonnet.

Les adversaires triomphent de ce qu’une grande partie de ces reçus est au nom de M. de ***. Qu’y a-t-il de surprenant? M. de *** était sur les lieux, mademoiselle Céleste était momentanément absente, les ouvriers et les entrepreneurs lui apportaient des factures ainsi conçues, il ne prenait pas la peine de les faire rectifier; mais les entrepreneurs qui avaient été appelés à l’origine des travaux savaient très-bien qu’ils travaillaient pour le compte de mademoiselle Céleste.

Mademoiselle Céleste, d’ailleurs, ne fait pas difficulté d’en convenir. La fausseté de sa position, dans le Berry, par suite de ses relations avec M. de ***, était pour tous les fournisseurs une cause d’embarras. Elle avait toujours eu la discrétion de ne pas se faire appeler madame de ***, et craignant de la désobliger en l’appelant mademoiselle, les fournisseurs lui adressaient jusqu’à ses gants au nom de M. de ***. S’il y avait eu la moindre pensée de fraude, soit de la part de M. de ***, soit de la part de mademoiselle Céleste, on se serait bien gardé de prendre les reçus au nom de M. de ***, et l’absence même de toutes précautions à cet égard est la preuve de la sincérité des actes faits deux ans auparavant.

Une autre preuve non moins forte de la sincérité de ces actes se trouve dans la correspondance de M. de ***. Nous avons produit dix lettres de M. de *** qui ne sont pas évidemment écrites pour les besoins de la cause, et où il reconnaît à chaque ligne ce droit de propriété de mademoiselle Céleste.