MÉMOIRE
A MESSIEURS DE LA COUR IMPÉRIALE DE BOURGES,
PAR M. DE ***.
La position que les sieurs D... et B... veulent me donner dans un procès où mon nom se trouve malheureusement mêlé, me force, au retour d’un long voyage, à sortir du silence et de l’inaction que je m’étais imposés. Victime, je me taisais et j’acceptais sans murmure les conséquences de mes faiblesses, dont D... et B... étaient les escompteurs depuis de longues années; ils veulent changer les rôles! Je ne le souffrirai pas. Mes faiblesses n’ont fait tort qu’à moi: MM. D... et B... ne sont pas mes juges, et je leur défends de donner à ma conduite une interprétation mauvaise. Vous oubliez, messieurs, qui vous êtes, et en essayant de rejeter sur moi des soupçons qui ne peuvent m’atteindre, souvenez-vous que vous vous servez de lettres qui m’ont été soustraites illégalement.
Ma plainte à ce sujet est déposée au parquet de Châteauroux, de Bourges, et elle le sera également au parquet de Paris. Il s’est trouvé des officiers publics assez complaisants pour servir mes adversaires au mépris de la loi. Je ne redoute pas la publicité donnée à ces lettres intimes, mais il faudra que je retrouve les papiers qui ont rapport à la créance D... et B..., papiers qui en prouveront l’origine.
Je viens de lire le mémoire publié dans l’intérêt de MM. D... et B... Tous les documents qui servent de base à ce mémoire sont sans fondement. Je laisse de côté les injures que je méprise, et c’est par des faits vrais que je veux répondre à ce que mes adversaires avancent. Page 4 du mémoire, ils disent: «Si l’obligation hypothécaire est postérieure à l’acte simulé, il est certain que les causes de cette obligation, au moins pour partie, remontent à une époque antérieure à cet acte, et cela suffit.»
Je répondrai que lorsque B... est venu à l’hôtel Chatam me faire souscrire une seconde obligation de 46.000 fr., 1o l’inscription de mademoiselle Céleste existait depuis longtemps, à la connaissance de B...; 2o je ne devais alors à B..., d’après ses comptes, que 10 à 12,000 fr., dettes dont on retrouvera l’origine dans les bijoux qui sont encore dans son magasin; 3o je cédai aux sollicitations de B..., et je consentis à souscrire l’obligation de 46,000 fr., ignorant combien était illusoire la créance de M. de la C... que m’offrait B..., qui, pour me décider, me donna 3,000 fr.—Ainsi, B... connaissait ma position hypothécaire et la trouvait bonne, puisqu’il employait tous les moyens pour y prendre la place qu’il y a.
J’ai pris le château de... et ses dépendances moyennant une somme de 804,000 fr. sans fonds de cheptels dans les domaines. Les cheptels qui garnissaient les domaines appartenaient aux fermiers belges qui les occupaient. Pendant les deux premières années de mon administration, ne recevant aucun fermage, je fus obligé de résilier leurs baux et de prendre en payement des sommes qu’ils me devaient les bestiaux qui garnissaient ces domaines et qui n’étaient plus suffisants pour les exploiter. Je fus obligé, pour trouver de nouveaux fermiers, de porter à 4.000 fr. par domaine les fonds de cheptels. Quant à la question des bois, mon père, deux ans avant sa mort, avait vendu à M. le marquis de B..., propriétaire des forges du Centre, pour 101,000 fr. de bois. Les bois restants furent la seule ressource que je tirai de la propriété, ressource qui fut largement absorbée par les achats de bestiaux, les constructions et les améliorations qui décidèrent de nouveaux fermiers à affermer les domaines avec une diminution de 25 pour cent sur les anciens baux.—Ainsi, je n’ai pas distrait pour 45,000 fr. de fonds de cheptels, comme le dit ce mémoire, puisque je n’en ai pas reçu et que j’en ai laissé de considérables.
Avant le partage, pendant que les biens étaient indivis, le bois de la Touche a été vendu pour 10,000 fr. par l’administrateur judiciaire de la fortune. Qu’ai-je donc vendu? 43,500 fr. de bois, répartis ainsi: 17,000 fr. aux forges de Vierzon, 12,000 fr. à Gibaut, marchand de bois à Châteauroux, et 12,000 fr. à Baronnet et Barbier, à Ardentes. Plus, 2,500 fr. de traverses pour le chemin de fer de Bordeaux.—M. B..., sur ses ventes, a su avoir sa part, touchant des billets de marchands de bois.
Voilà comment j’ai déshonoré ma terre de..., j’en ai recueilli 43,500 fr., et j’y ai dépensé plus de 100,000 fr. Vous dites que le château m’avait été compté pour 100,000 fr. dans les partages; le château et ses dépendances n’est compté que pour 30,000 fr. et le mobilier pour 7,000 fr.