Je ne connus le résultat de ce procès que trois mois après. L’affaire avait été plaidée le 31 août, mais le jugement ne fut rendu qu’après les vacances.

Pour avoir longtemps attendu, le bonheur ne fut pas moins grand pour moi; mais, hélas! tous les ennuis m’arrivaient en partie double. Je n’avais gagné qu’une manche, mes adversaires en appelèrent à la Cour impériale de Bourges.

Ces deux premières et importantes victoires me permettaient toujours d’espérer; à mesure que le calme rentrait dans mon cœur, les impressions de ma vie passée me revenaient avec moins d’amertume; je devenais moins exigeante envers le bonheur. Je me sentais plus d’indulgence pour les autres, plus de sévérité pour moi-même.

L’éloignement et les événements qui semblaient nous unir avaient rendu à Robert sa véritable place dans mon cœur. Je commençais à souffrir bien cruellement de son exil, je n’avais pas reçu de lettres depuis celle qu’il m’avait écrite le jour de son arrivée; j’attendais de ses nouvelles avec impatience.

Ma pensée errait dans ces horizons lointains où il avait été cacher sa douleur et sa misère.

Je me faisais des reproches sanglants. Je doutais, quoi que je fisse, que Dieu me pardonnât jamais sa déchéance.

Je formais mille projets d’abnégation, de dévouement, de repentir, que je pourrai avouer plus tard, puisque la Providence devait m’aider à les accomplir.

Pour arriver à la petite maison que j’habitais, avenue de Saint-Cloud, il fallait traverser un jardin fermé d’une grille. Le salon était au rez-de-chaussée. La cheminée se trouvait en face de la porte, de sorte qu’en regardant dans la glace, je voyais passer tout le monde dans l’avenue, et je pouvais reconnaître les personnes qui sonnaient à la grille.

Il commençait à faire froid. J’avais fait allumer du feu. J’étais assise devant la cheminée et je regardais machinalement dans la glace, quand je vis ouvrir la grille sans qu’on eût sonné. Je poussai un grand cri.

C’était Richard...