Je l’avais reconnu de suite, quoiqu’il fût horriblement changé! Il prononça mon nom. J’aurais voulu rentrer sous terre. Que pouvait-il venir faire chez moi? M’accabler de reproches, me jeter à la face sa vie gaspillée, son bonheur perdu?

Quand ma femme de chambre me demanda si je voulais le recevoir, je restai clouée sur ma chaise, sans trouver un mot à répondre. La porte était restée ouverte, et il me dit de sa voix douce:

—Est-ce que vous ne voulez pas me voir, Céleste?

Je lui fis signe que si. Il entra et, attachant sur moi ses yeux encore adoucis par la souffrance, il me tendit la main en me disant:

—Est-ce que vous ne voulez pas m’embrasser, Céleste?

—Oh! si. Mais je n’ose pas; vous devez tant me haïr!

—Moi! je n’ai jamais cessé de vous aimer; et il me serrait les mains avec passion. Sans votre souvenir, je me serais tué! J’espérais toujours vous revoir. J’ai presque constamment été malade. Les fièvres ne m’ont pas quitté.

Cependant, j’avais presque refait une petite fortune. Nous avions, un de mes amis et moi, une maison en commun. Le feu l’a dévorée. J’ai pleuré ce malheur, uniquement parce que cela retardait mon retour en France, et que cela éloignait le moment où je pourrais vous revoir. J’avais quelquefois de vos nouvelles par des Français qui venaient en Californie. J’ai appris le malheur de M. Robert. Je le plains et lui pardonne tout le mal qu’il m’a fait. Je ne sais si vous éprouvez la même chose que moi. Le temps calme la douleur, adoucit la haine. Il n’y a que mon amour pour vous auquel le temps ne fasse rien.

J’ai reconstruit une maison à San-Francisco. Je l’ai louée à un banquier et me voilà. Je suis arrivé hier, j’ai été chercher votre adresse. Que cela me fait du bien de vous revoir!

—Et moi, que cela me fait du bien de savoir que vous ne me détestez pas!...