—Je vous déteste si peu, me dit-il, que si votre cœur était changé, et si vous vouliez accepter ce que je vous ai offert il y a deux ans, je vous l’offrirais encore, mais je sais bien que c’est impossible; et il souriait tristement.
Je lui serrai les mains à mon tour, en lui disant:
—Mon bon Richard, vous avez un cœur d’or. J’étais indigne d’un regard de vos yeux. Le mal que je vous ai fait ne m’a pas profité, et je ne suis pas plus heureuse que vous.
—Oui, me dit-il, je sais que M. Robert est parti, et qu’il ne vous reste rien de ce que je vous ai donné.
Si vous avez des ennemis, vous savez que vous pouvez toujours compter sur moi.
Je regardai ma pendule avec effroi. L’émotion et le plaisir que cette visite m’avait causés m’avaient fait oublier l’heure de mon théâtre.
On répétait une pièce intitulée Taconnet, pour les débuts de Frédérick-Lemaître. Il fallait être exacte, le grand artiste n’était pas patient. Richard vint me conduire, ne me quitta qu’à la porte des Variétés et emporta tout naturellement la permission de revenir me voir.
J’avais un poids de moins sur le cœur. Son retour m’avait fait du bien. Pourtant il me semblait que sa présence chez moi devait être un outrage au souvenir de Robert, je regrettais la permission que j’avais donnée, et je me promis de la retirer à la première occasion.