Cinq jours après eut lieu la représentation de mon camarade M... Elle vint aux Variétés. Entre deux pièces, il voulut la remercier, et je fus avec lui.
Ce soir-là, elle était belle comme une étoile; elle était radieuse, ses yeux brillaient d’un éclat vif et doux à la fois, cela donnait une tout autre expression à sa physionomie. Sa bouche était souriante, sa voix douce. Il n’y avait qu’une opinion qui circulait de bouche en bouche; tout le monde disait:
—Comme Rachel est belle ce soir!
—Venez me voir, me dit-elle au moment où j’allais sortir. Je la remerciai d’un regard qui lui exprima toute ma gratitude, mais je ne voulus pas abuser, et je restai au moins quinze jours sans retourner rue Trudon.
Lorsque je la revis, je lui parlai de cette femme qui disait l’avoir connue intimement; Mlle Rachel m’assura ne l’avoir jamais vue, et je la crus sans peine.
Je plaisantai donc ma bonne camarade, si longtemps et si bien, à ce qu’il paraît, qu’elle quitta les Variétés.
J’ai vu, en tout, Mlle Rachel sept ou huit fois; je l’ai trouvée charmante, mais un peu fantasque, ce qui lui est bien permis.
On dirait que ses variations de caractère tiennent à une cause maladive, nerveuse, indépendante de sa volonté, et qu’elle souffre elle-même de cette espèce d’incertitude qui ne lui laisse jamais le temps de former un projet d’avenir. Ce qu’elle aime un jour lui déplaît le lendemain; elle se construit des idoles pour s’amuser à les briser à sa fantaisie.
C’est une sirène, une enchanteresse qu’on aime malgré soi, et qu’on ne peut oublier quand on l’a connue dans ses beaux et bons moments.
Elle est affectueuse, simple, généreuse, indulgente; quand rien ne l’irrite, ses manières sont distinguées, on dirait une duchesse; mais lorsqu’elle se fâche, l’orage de son caractère est aussi terrible que le beau temps était calme.