—Monsieur, reprit timidement le concierge, c’est pour les chats.
—Pour quoi faire, des chats?
—Mais, monsieur, pour manger les souris, qui, sans cela, mangeraient les décors.
—Eh bien! répondit l’Arménien, rouge de colère, si les chats mangent les souris, ils n’ont pas besoin de mou; s’ils ne les mangent pas, il n’y a pas besoin de chats.
Et il refusa de payer.
Ces bizarreries étaient fort drôles, mais elles rendaient les artistes très-malheureux. J’avais trois costumes dans la revue. Je fus obligée de les acheter tous les trois; car, sans cela, je crois qu’il m’aurait obligée à me déguiser en Turc.
Je dois encore à mon admission aux Variétés d’avoir fait connaissance avec une de ces étoiles qui brillent sur Paris et qui en sont l’ornement indispensable, comme il est le sanctificateur indispensable à leur gloire. Si petite que soit la place qu’on occupe dans la capitale, on est toujours fier d’y briller, ne fût-ce que par une robe ou un chapeau; mais la personne dont il s’agit n’avait besoin ni des robes de Camille ni des chapeaux de Laure. Elle avait pour toute parure de luxe une voix de rossignol, et si elle n’éblouissait pas les yeux, elle charmait les oreilles. Je ne sais à propos de quelle injustice commise à son préjudice elle quitta l’Opéra-Comique et vint aux Variétés jouer une pièce arrangée pour elle, c’est-à-dire, c’est dérangée qu’il faut écrire; je ne sais encore pourquoi il lui prit fantaisie de jouer le rôle de Roxelane dans les Trois Sultanes; mais on fit de la musique sur des paroles difficiles à chanter, et, avec beaucoup de peine, on parvint à faire une nullité d’une médiocrité.
Tout Paris devait accourir voir la transfuge de l’Opéra-Comique. Grand bruit à l’intérieur, nettoyage des coulisses, balayage des loges, mise en frais de l’Arménien, rien ne fut épargné.
Par l’intervention d’un de mes amis, je fis obtenir à M. C... la pièce que le Théâtre-Français ne voulait pas laisser jouer au boulevard Montmartre.
Tout à sa nouvelle prima donna, il oublia même de me remercier. Mme Ugalde me dédommagea de cette rudesse. Son esprit est vif, son caractère charmant, et je crois son cœur excellent. La première fois que je la vis de près, je fus un peu désappointée, et le compliment que je me disposais à lui faire en entrant dans sa loge mourut sur mes lèvres.