Charles (c’est le nom du coiffeur) se désespérait. Il ne trouvait rien pour combler la prétendue cavité, quand Mme Ugalde s’écria tout à coup en riant comme une folle, et se précipitant sur un des vieux fauteuils de l’administration:—Voici mon affaire.

Elle présenta au coiffeur, qui recula épouvanté, une poignée de vieux crin. Tout le monde se récria, elle frappa du pied, mais l’artiste en cheveux tint bon et il refusa formellement de fourrer une parcelle de cette tignasse dans les magnifiques cheveux de la cantatrice.

Il fallut céder au nombre, mais elle demanda à chacun en particulier si ce qu’elle appelait son creux n’était pas ridicule. Quand elle s’adressa à Nargeot, notre chef d’orchestre (l’auteur de Drin, drin), il lui répondit:

—Je n’ai jamais rien vu de comparable à cela. Nargeot est un peu sourd, il avait compris qu’elle lui parlait de son succès.

Il y avait dans cette pièce, qui n’a eu aucun succès malgré le talent de l’artiste, un morceau qu’elle chantait à merveille et qui commençait ainsi.

Mon doux pays, France bien chère.

Pour l’entendre chanter par elle, j’irais en Belgique à pied. Quand j’avais fini, je restais dans les coulisses pour l’entendre, et Mme Ugalde me disait en passant: Je vais le chanter pour vous.

Un soir que j’étais à mon poste, le jour de la vingtième représentation, je crois, on me remit un petit papier plié en forme de billet. Je m’approchai du quinquet et je lus avec beaucoup de difficulté:

«Madame, il faut absolument que je vous parle ce soir; je ne serai libre qu’à dix heures et demie, heure à laquelle vous me trouverez dans la galerie Vivienne, passage des Panoramas.»

Je crus d’abord à un amoureux sans gêne, puis, en regardant de nouveau, je reconnus une écriture de femme, écriture de femme qui ne sait pas écrire. Qui cela pouvait-il être? attendrai-je ou n’attendrai-je pas? Que pouvait-on me vouloir? m’intriguer, sans doute.