Le plus simple était de ne pas attendre; mais comme les femmes sont souvent plus curieuses que raisonnables, je sortis à dix heures et demie précises, et j’eus soin de regarder partout en traversant le passage. Je n’aperçus pas l’ombre d’une femme, mais je vis un petit jeune homme qui semblait venir à moi; j’allais monter en voiture, rue Vivienne, lorsqu’il me dit d’une voix douce comme celle d’un enfant, et en ôtant son chapeau avec beaucoup de grâce:

—C’est moi qui vous ai écrit. Je désire vous parler, il fallait que ce que j’ai à vous dire fût bien pressé, car, vous le voyez, je n’ai pas pris le temps d’ôter mon costume.

Ses cheveux étaient d’un beau noir, bien plantés, mais frisés, pommadés avec une recherche qui me déplaît toujours chez un homme; son front était élevé, l’expression de ses yeux douce, sa figure mince, son sourire agréable, l’ensemble était bien.

Quand il me parla de costume, je le regardai plus attentivement.

—Vous ne me connaissez pas, me dit-il en souriant, ou plutôt vous ne reconnaissez pas la petite fleuriste qui travaillait rue du Temple, la figurante du théâtre de Belleville.


LI
UNE VIEILLE CONNAISSANCE

Ce jeune homme était une femme, et je ne compris pas comment j’avais pu m’y méprendre une seconde.

Je quittai un peu cet air désagréable dont je ne puis me défaire tout à fait, et que bien des gens ont pris pour du dédain, de l’orgueil, ou une fierté qui serait bien mal placée chez une femme aussi déchue que moi.

Mon excuse, du reste, était justifiée par mon erreur, et j’eus peu de peine à me faire pardonner ma brusquerie. Je lui demandai si elle voulait monter dans ma voiture, afin que nous fussions plus à notre aise pour causer; elle accepta après m’avoir dit qu’elle venait me chercher pour me conduire chez une femme qui désirait me voir avant de mourir. Je lui demandai le nom de la malade, elle répondit: