Mme Roger de B... entendit parler de moi; mon infortune la toucha, et elle me plaça chez des sœurs; mais elles avaient fort à faire avec moi.
Je me ressentais de ma vie errante, indépendante, presque vagabonde.
Mon bonheur ressemblait trop à la captivité pour me plaire; on me plaça en apprentissage, j’appris l’état de fleuriste.
Ensuite, j’ai aimé un artiste; je lui croyais autant de cœur que de talent, je me suis trompée, ou plutôt je me suis fait illusion sur mon propre compte, je n’étais pas digne de lui. Qu’il soit heureux, c’est tout le mal que je lui souhaite!
Si, à l’époque où je l’ai connu, il avait voulu prendre mon existence, je sens bien qu’il aurait fait quelque chose de moi.
Enfin, j’ai rêvé la vie d’actrice; il devait y avoir là un mouvement, une agitation, qui ne permettait point au cœur de s’endormir, à l’esprit de rêver.
J’étais figurante à Belleville, lorsque vous y vîntes jouer un rôle de grisette dans le Canal Saint-Martin.
Mais j’étais si malheureuse à cette époque que j’avais formé le projet de me noyer en passant sur le canal.
Personne n’aurait pu se faire une idée de ma misère; je crois être restée cinq jours sans manger. J’étais gentille, j’aurais pu me vendre comme tant d’autres, mais je préférais me jeter au canal.
La leçon était dure pour moi, mais elle ne connaissait pas les détails de ma vie. Je lui demandai pourquoi elle ne m’avait pas parlé à Belleville.