Il y a deux mois environ, une jeune femme est venue habiter la chambre qui touche à la mienne; nous ne sommes séparées que par une porte condamnée.

J’entendais toujours parler, chez la concierge, d’une femme enceinte qui ne sortait jamais et vivait on ne savait de quoi ni comment.

J’avais cherché à la voir, plutôt par curiosité que par intérêt, elle semblait se cacher.

Un matin, j’entendis des plaintes et j’entrai chez elle. On courut chercher un médecin; la pauvre femme resta dans les douleurs jusqu’à deux heures du matin; en venant au monde, son enfant semblait lui déchirer les entrailles.

A peine s’entendit-elle dire: «C’est une fille». Elle tomba dans une espèce de léthargie qui ressemblait à la mort.

Chose assez extraordinaire, la mère était pâle, maigre à lui compter les côtes, l’enfant était grasse, rose et blanche.

Je donnai la petite fille à nourrir à une femme du quartier, elle demanda bien cher, mais je n’avais pas le choix.

J’avais cherché dans les meubles de ma voisine de quoi emmailloter l’enfant et je n’avais trouvé que des reconnaissances du mont-de-piété.

Les tiroirs étaient vides et je payai le premier mois de la nourrice; depuis, j’ai fait tout ce que j’ai pu, mais je ne puis pas grand’chose; la pauvre femme va de mal en pis. Elle a fait de grands efforts pour écrire deux lettres qui sont restées sans réponse.

Cette dernière déception a semblé la briser, je lui avais demandé cent fois si elle avait des parents, des amis qui pussent lui venir en aide, elle m’avait toujours répondu que non, ce soir j’insistai davantage.