—Ma mère a pris des informations sur ton passé, ma pauvre Louise (j’avais pris mon autre nom de baptême), et elle a su... Un mariage entre nous est désormais impossible, mais je ne t’abandonnerai pas.

L’idée d’une séparation me porta un coup si terrible, que je sentis de suite que je ne devais pas m’en relever.

S’il n’avait agi que pour le monde, je me serais résignée, et puis peut-être la vue de son enfant l’aurait-elle fait changer d’idée; mais il agissait par égoïsme, par ambition et parce qu’il ne m’aimait plus.

Il fallait me briser pour se débarrasser de moi, et ne pas attendre surtout, dans la crainte du blâme, que mon enfant fût là.

Il me chercha mille querelles, je supportai tout pour mon enfant; mais un jour il m’humilia avec cruauté. Ce jour-là, il fut le plus lâche de tous les hommes! Il me reprocha un passé que je lui avais avoué.

Ce passé, disait-il, ne lui donnait aucune confiance, aucune sécurité, et mon enfant, ma seule force, pouvait aussi bien être d’un autre que de lui.

Il a fallu que je sois bien misérable pour ne pas tuer cet homme, bien forte pour ne pas devenir folle.

A moi, l’on ne me pardonnait pas ma chute! Amour, dévouement, maternité, rien ne pouvait me relever, et lui pouvait commettre de plus grandes fautes que moi, être mon complice, m’insulter, me chasser à son gré, sûr que cela n’altérerait en rien l’estime qu’on avait pour lui.

Je trouvais les choses d’ici-bas mal organisées, et, pour la première fois de ma vie, j’eus l’impudence de me plaindre d’un sort que je m’étais fait, il est vrai, mais sans connaître l’abîme où je me jetais.

Je me sauvai de chez lui, n’emportant que ce que j’avais sur moi. J’allai dans un hôtel, espérant qu’il reviendrait me chercher; il m’envoya mes effets et cinquante francs pour faire mon voyage. Sa mère était venue le chercher et l’obligeait à partir; il ne savait quand il pourrait me revoir et m’engageait à retourner à Paris, où il m’enverrait de l’argent dès qu’il le pourrait. J’attendis huit jours dans cet hôtel, huit jours qui me parurent huit siècles.