Pas une petite fille ne cherchait autour d’elle, elles se croyaient les enfants de Dieu, j’en suis sûre, et cela vaut mieux que de connaître sa mère quand on doit la mépriser.
Je cherchai à combattre sa résolution; l’hospice des Enfants-Trouvés, que je n’avais jamais envisagé, il est vrai, sous ce point de vue, me paraissait la plus triste et la plus désespérée de toutes les demeures, mais je ne pouvais m’opposer aux dernières volontés d’une mère mourante qui ne voyait que ce moyen de salut pour sa fille.
Je résolus pourtant de tenter une dernière épreuve auprès de son père. Profitant d’un instant où Denise reposait, j’écrivis une longue lettre à un de mes amis qui habitait Rouen, je lui dépeignis de mon mieux la triste situation de cette pauvre abandonnée.
Le sujet et le lieu étaient bien faits pour m’inspirer des paroles touchantes! je joignis à cette lettre quelques lignes pour M. Édouard; ces quelques lignes contenaient des reproches, des plaintes et des menaces. J’étais sûre d’avoir une réponse quelconque de mon ami, mais arriverait-elle à temps?
LII
DENISE
J’envoyai chercher un médecin au point du jour; il déclara que la malade ne pouvait être transportée chez moi, que son état était désespéré, que cependant elle pouvait encore vivre quelques jours si on lui faisait prendre les drogues qu’il ordonnait.
Je me fis amener la petite fille; elle était gentille et d’une propreté éblouissante. Adèle lui avait acheté une jolie layette et allait voir l’enfant deux fois par jour pour s’assurer qu’elle ne manquait de rien. Adèle est une de ces natures qui ne se décrivent pas; il faut voir par soi-même avec quelle simplicité, quel désintéressement elles font le bien, pour y croire.
Je voulus lui exprimer ma reconnaissance de ce qu’elle avait fait pour Denise; elle me répondit que si Denise mourait, elle garderait son enfant, qu’elle n’était pas riche, mais qu’elle ferait de son mieux en travaillant un peu plus.
Elle l’aurait fait comme elle le disait, et je suis bien sûre qu’elle aurait continué avec tout ce qu’elle a de cœur ce qu’elle avait commencé.