Je revins voir Denise dans la même journée: elle se trouvait beaucoup plus mal; le soir, on crut encore tout fini, on m’envoya chercher à minuit. Adèle lui frottait les tempes avec du vinaigre.

—Elle vient d’avoir une crise terrible, me dit-elle à demi-voix, c’est pour cette nuit.

Denise me fit signe qu’elle me voyait, mais elle ne put me parler et je restai auprès de son lit sans oser dire une parole. Elle dormit quelques heures, mais son sommeil était agité, elle se remuait, marmottait des paroles inintelligibles.

Tantôt il sortait de sa gorge des sons rauques et lugubres, tantôt de petits cris étranglés et plaintifs comme ceux d’un enfant. A cinq heures, elle se souleva sur son séant, ses joues creuses et pâles se ranimèrent un peu.

—Je viens de revivre, me dit-elle en souriant, j’ai rêvé.

Elle parla encore, mais ses paroles expirèrent entre ses dents, sa poitrine s’agita. J’avais vu mourir la mère de ma filleule et je compris que le moment suprême approchait. Je lui demandai si elle voulait recevoir les sacrements, elle me fit signe que non.

—Sa fille n’est pas encore baptisée, me dit Adèle à voix basse.

Je priai le domestique de l’hôtel d’aller à Sainte-Élisabeth chercher un prêtre et de m’envoyer de suite la nourrice de l’enfant.

Pour ne pas effrayer Denise, je lui annonçai que j’allais faire ondoyer sa fille en attendant la cérémonie régulière du baptême.

A sept heures, le prêtre arrivait; nous le laissâmes seul avec la malade. Il lui parla longtemps à voix basse, l’exhortant sans doute à la prière et au courage. Denise retrouva la parole et des larmes.