Elle voulut sans doute s’agenouiller pour demander pardon à Dieu, car nous entendîmes le prêtre lui dire:

—Vous n’êtes pas assez forte pour vous agenouiller; plus tard, mon enfant, vous prierez le Seigneur comme il convient de le prier; en attendant, c’est moi qui prierai pour vous.

Lorsque nous rentrâmes, elle était calme; sa figure avait pris une expression pleine de sérénité qu’elle n’avait pas une heure auparavant, et quand un tressaillement nerveux trahissait une de ses souffrances, elle embrassait un petit crucifix que le prêtre avait placé près d’elle afin de l’exhorter au courage.

L’enfant reçut l’onction première dans la chambre où sa mère venait de recevoir l’extrême-onction. Denise regarda tout ce que l’on faisait sans mot dire; une grosse larme roula sur sa joue et je crois qu’elle pria mentalement. Le prêtre lui promit de revenir la voir.

A neuf heures, ma domestique que j’avais prévenue m’apporta une lettre de Rouen; elle était de mon ami et voici à peu près ce qu’elle contenait:

«Ma chère Céleste, je m’étais mis à votre disposition et vous avez bien fait de vous adresser à moi. Je regrette que la mission dont vous m’avez chargé ait été aussi facile à remplir et je veux au moins avoir un mérite, celui de la promptitude.

»Je me suis rendu de suite chez M. Édouard M.... Ce fut sa mère qui me reçut; elle m’avait fait attendre près d’une heure, elle vint à moi en s’excusant de son mieux, mais son fils, me dit-elle, était dangereusement malade, il y avait en ce moment deux médecins près de lui et elle avait hâte de savoir le résultat de la consultation. Son fils avait commis une imprudence lors de son installation dans sa fabrique de rouennerie; les suites d’une sueur rentrée allaient peut-être le conduire au tombeau.

»La pauvre femme se mit à fondre en larmes, et je fus obligé d’attendre qu’elle fût un peu remise pour lui expliquer le motif de ma visite. Le moment, du reste, était propice, et je ne trouvai rien de mieux à faire que de lui lire votre lettre. Ses larmes redoublèrent, cela ne m’étonna pas, j’avais moi-même pleuré en la lisant.

»J’ajoutai à ma lecture quelques appréciations personnelles:—M. M... s’est mal conduit, lui dis-je; ce qu’il a fait là est l’action d’un homme sans cœur.

»Cette malheureuse n’a pas de parents, de soutien, eh! bien, dès aujourd’hui, elle a un ami, un protecteur en moi, et si votre fils ne fait pas ce qu’un honnête homme doit faire en pareille circonstance, donner du pain à un enfant qui ne lui demandait pas la vie, qu’il a créé pour son plaisir avec la volonté de l’abandonner, je lui dirai à lui-même ce que je pense et j’en supporterai toutes les conséquences.