Je fis venir la nourrice, Denise donna un long et dernier baiser à sa fille, ses lèvres restèrent entr’ouvertes, son regard fixe, elle était morte! non pas en désespérée, comme elle serait morte si le hasard ne m’eût pas amenée à son chevet, mais morte en croyante, le sourire aux lèvres et de l’espérance plein le cœur.

La nourrice partit à midi ou une heure.

Lorsqu’elle vit l’enfant s’éloigner, Adèle pleura, elle le regardait déjà comme étant à elle; il est si naturel d’avoir des affections chastes quand on est femme et jetée sur la terre sans famille, comme un pauvre esquif lancé en mer sans mâture, qu’on cherche toujours à se créer une tendresse durable.

—Allons, me dit-elle en essuyant ses larmes, le bonheur m’échappe encore une fois; il me semble que si j’avais eu une tâche à remplir, je serais arrivée à faire quelque chose de bien.

Le prêtre qui avait assisté Denise revint dans la journée, comme il l’avait promis, il pria longtemps près de la morte, et la garda quelques heures, en disant à son chevet la prière des morts; je ne doute pas qu’il ait obtenu sa grâce devant celui qui nous jugera tous!

Quant à moi, il me semble que les exhortations du saint homme m’avaient rendue meilleure.

Le surlendemain, je reçus une lettre de Rouen, qui me rassura tout à fait sur le compte de l’enfant de ma pauvre amie.

Son arrivée avait été fêtée par la mère d’Édouard; elle lui trouvait déjà une ressemblance avec son fils, mais la joie ne fut pas de longue durée.

La fièvre, le délire, s’étaient emparés du malade; il ne reconnut ni sa mère, ni sa femme, et il mourut entre leurs bras, vingt-quatre heures après Denise.

La bonne femme va reporter toute sa tendresse sur l’enfant, elle sera riche un jour; voilà une innocente qui ne portera pas les fautes d’une mère coupable: cela est juste, mais assez rare.