La mort de Denise m’affecta beaucoup; mais au milieu de mes tourments, de mes préoccupations, j’avais peu de place à donner aux regrets, et puis, à force de voir naître et mourir autour de soi, on s’habitue à la mort, et ce qui vous paraissait un événement au début de la vie vous semble moins extraordinaire au milieu, naturel, je crois, lorsqu’on arrive à la fin; d’ailleurs, il y a des êtres pour qui la mort est une délivrance. Je trouvais Denise bien plus heureuse que moi, et au lieu de m’apitoyer sur son sort, je l’enviais.

La misère dans laquelle je l’avais retrouvée venait encore justifier mes craintes pour l’avenir.

Le jour de la première représentation de la revue arriva. J’avais à chanter un très-grand rondeau. J’avais beaucoup travaillé, le rôle était sérieux, je l’avais bien compris, et pour la première fois depuis que je jouais la comédie, je me sentis à mon aise.

Le public me récompensa de mes efforts, je fus couverte d’applaudissements; on me fit bisser et je fus rappelée deux fois.

Les bravos sont une bien douce musique.

Mais, hélas! la gloire est incertaine et les médailles ont des revers. A la troisième représentation, je pris un demi-ton au-dessus de l’orchestre et je chantai faux tout le temps, mais cela n’était qu’un accident, j’avais étonné tout le monde le jour de la première représentation, ma place était faite, j’avais attendu assez longtemps.

C’est à peu près à ce moment que je reçus les premières lettres que Robert m’avait écrites en mer.

Elles me firent à la fois beaucoup de bien et beaucoup de mal.

J’étais heureuse de voir que mon souvenir grandissait dans sa pensée à mesure qu’il s’éloignait de moi, mais ces plaintes si douces qui me venaient de si loin me navraient le cœur.

J’avais éprouvé depuis quelques mois des émotions si poignantes et si diverses, que mes forces physiques, malgré l’énergie de ma constitution, ne purent y résister.