—Eh bien, vieux, joue-nous quelque chose, que nous riions un peu. Ohé! place au bal, nous allons faire sauter un peu notre or.
Ces trois hommes cherchaient à trouver sur leurs jambes vacillantes un équilibre; impossible.
L’inconnu tira son violon du sac sans se faire prier, un violon noir comme de l’ébène, fendu et décollé dans plusieurs endroits; les cordes étaient rapiécées et remplies de nœuds.
—Oh! ce sabot! Dis donc, vieux parchemin, s’écria Cartahu, il a eu des malheurs, ton crin-crin?
—Eh! non, vois-tu pas qui s’embête dans sa compagnie, il bâille de tous côtés, répondit le Faucheux.
—Patienza! dit l’inconnu en passant de la colophane sur les rares soies de son archet. Patienza, figli miei, l’instrument est vieux, mais il est délicioso, vi verrez, patienza! et il préluda pour l’accorder.
—Ah! cette crécelle, dit le Faucheux. Dis donc, Paganini, ta bête est enrhumée.
Sans répondre à toutes ces interpellations, l’inconnu commença une espèce de ronde, il était de première force.
Le motif fut d’abord joué dans toute sa simplicité, ensuite le virtuose se mit à broder sur son thème les variations les plus compliquées.
L’œil pouvait à peine suivre le mouvement rapide de son archet; sous ses doigts de fer, l’instrument riait, pleurait, grinçait, sifflait; tantôt ce son était plaintif comme le murmure du vent à travers les feuilles, tantôt criard comme le vagissement d’un enfant, quelquefois sec et aigre comme le grincement d’une vieille girouette, souvent rauque et agaçant comme le diamant coupant le verre.