Je ne pus m'empêcher de rire et de dire:
«Voilà un singulier renseignement donné à un étranger par un français.»
Le chevalier reprit aigrement:
«Je ne suis pas français, madame, je suis du pavillon de Marsan.»
Hélas! il disait vrai et, dans cette boutade humoriste, se trouve le texte de toute la conduite de la Restauration, de toutes ses fautes, de tous ses malheurs.
Le chevalier de Puységur est l'homme que j'ai vu le plus complètement affecté du regret d'avoir perdu les avantages d'une très agréable figure. On accuse les femmes de cette petitesse; mais aucune, que je sache, ne l'a portée à ce point. Il était devenu complètement insupportable, et les jeunes gens qui avaient entendu vanter ses bonnes façons, son esprit et sa grâce en recherchaient vainement quelque trace. Son âpreté était devenue extrême; il aurait voulu accaparer toutes les faveurs, et il faut savoir gré à Monsieur d'avoir supporté ses exigences en souvenir d'un ancien et, je crois, sincère dévouement.
Nota.—Bien des années plus tard, et au delà de l'époque où je compte arrêter ces écrits, en avril 1832, pendant le plus fort de la désastreuse épidémie du choléra, j'arrivai un matin chez la duchesse de Laval; le duc de Luxembourg, son frère, et le duc de Duras s'y trouvaient. Je venais de recueillir de la bouche du baron Pasquier, qui y avait assisté, le récit de la mort de monsieur Cuvier, tombé victime du fléau qui décimait la capitale. Il avait témoigné à cet instant suprême de toute la hauteur de son immense distinction intellectuelle et d'une force d'âme conservée jusqu'au dernier soupir sans exclure la sensibilité. Mon narrateur était profondément ému et m'avait fait partager son impression.
J'arrivai chez la duchesse toute pleine de mon sujet et je répétai les détails que je venais d'apprendre. Les deux ducs écoutaient négligemment. Enfin monsieur de Luxembourg se penchant vers monsieur de Duras lui demanda à mi-voix:
«Qu'est-ce que c'est que ce monsieur Cuvier?
«—C'est un de ces monsieur du jardin du Roi», reprit l'autre.