«Le général est servi.»
Une salle immense s'offrit à la vue des convives étonnés et d'Elfy enchantée. La cour avait été convertie en salle à manger; des tentures rouges garnissaient tous les murs; un vitrage l'éclairait par en haut; la table, de cinquante-deux couverts, était splendidement garnie et ornée de cristaux, de bronzes, de candélabres, etc.
Le général donna le bras à Elfy qu'il plaça à sa droite; à sa gauche, le curé; près d'Elfy, son mari; près du curé, le notaire. En face du général, Mme Blidot; à sa droite, Dérigny et ses enfants; à sa gauche, le maire et l'adjoint. Puis les autres convives se placèrent à leur convenance.
«Potages: bisque aux écrevisses! potage à la tortue!» annonça le maître d'hôtel.
Tout le monde voulut goûter des deux pour savoir lequel était le meilleur; la question resta indécise. Le général goûta, approuva, et en redemanda deux fois. On se léchait les lèvres; les gourmands regardaient avec des yeux de convoitise ce qui restait des potages inconnus et admirables.
«Turbot sauce crevette! saumon sauce impériale! filets de chevreuil sauce madère!»
Le silence régnait parmi les convives; chacun mangeait, savourait; quelques vieux pleuraient d'attendrissement de la bonté du dîner et de la magnificence du général. Le citoyen qui connaissait si bien Paris et ses théâtres approuvait tout haut:
«Bon! très bon! bien cuit! bonne sauce! comme chez Véry.»
«Ailes de perdreaux aux truffes!»
Mouvement général; aucun des convives n'avait de sa vie goûté ni flairé une truffe; aussi le maître d'hôtel s'estima-t-il fort heureux de pouvoir en fournir à toute la table; le plat se dégarnissait à toute minute; mais il y en avait toujours de rechange grâce à la prévoyance du général qui avait dit: