«Eh bien, pauvre ami, es-tu bien remis de la rossée que t'a donnée ton père?

FRÉDÉRIC.—Oui, et je viens te dire que je ne peux plus te voir en cachette, mon père me surveille de trop près.

ALCIDE.—Bah! avec de l'habileté on peut facilement tromper les parents.

FRÉDÉRIC.—Mais, vois-tu, Alcide, je ne suis pas tranquille; j'ai toujours peur qu'il ne me surprenne. J'aime mieux me priver de te voir et obéir à mon père.

ALCIDE.—Voilà qui est lâche, par exemple! Moi qui te croyais un si bon ami, qui faisais ton éloge à tous nos camarades, tu me plantes là comme un nigaud que tu es. Quel mal faisons-nous en causant? Quel droit ont tes parents de t'empêcher de te distraire un instant, après t'avoir fait travailler toute la journée comme un esclave? Ne peux-tu pas voir tes amis sans être battu? Faut-il que tu ne voies jamais que tes parents et ce petit hypocrite de Julien qui cherche à se faire valoir?

FRÉDÉRIC.—Julien est bon garçon, je t'assure. Il m'aime.

ALCIDE.—Tu crois cela, toi? Si tu savais tout ce qu'il dit et comme il se vante de prendre ta place! Crois-moi, on te fait la vie trop dure. Voici la foire qui approche; je parie qu'ils ne te donneront pas un sou, et il te faut de l'argent pour t'amuser. Il faut que nous en fassions, et nous en aurons. Veux-tu m'aider?

FRÉDÉRIC, hésitant.—Je veux bien, si tu ne me fais faire rien de mal.

ALCIDE.—Sois tranquille. Mais séparons-nous, de peur qu'on ne te voie; je t'expliquerai ça dimanche quand nous nous reverrons ici.»

Et les deux amis se quittèrent.