Quand Bonard rentra du labour avec Frédéric qui était venu le rejoindre, et qu'il ne laissait plus seul à la maison que pour le travail nécessaire, Mme Bonard leur raconta les aventures de l'après-midi. Bonard rit beaucoup; il fut touché du désintéressement et du dévouement de Julien.
«Merci, mon garçon, dit-il; je n'oublierai pas cette preuve d'amitié que tu nous as donnée. Merci.»
Frédéric avait écouté en silence. Quand le récit fut terminé, il dit à Julien:
—Il est donc bien riche, cet imbécile d'Anglais? Tu aurais dû garder son argent.
JULIEN.—Il n'est pas imbécile, mais trop bon. Je pense qu'il est riche, mais je n'avais pas mérité l'or qu'il m'offrait, et je ne voulais pas accepter son offre de le suivre.
FRÉDÉRIC.—Je trouve que tu as été très bête dans toute cette affaire.
BONARD, sèchement.—Tais-toi! Tu n'as pas le coeur qu'il faut pour apprécier la conduite de Julien.»
VII
DINER DE M. GEORGEY
Le lendemain, Frédéric, qui était de mauvaise humeur de n'avoir pas été invité chez M. Georgey, s'en prit à Julien et recommença à le blâmer de n'avoir pas accepté l'or de l'Anglais.