Julien rougit et voulut répondre; mais il se contint, et continua à balayer la cour, pendant que Frédéric sifflotait un air qu'il recommençait toujours.
Un autre sifflet, qui reprit le même air, se fit entendre dans le lointain. Frédéric se tut, prit un trait de charrue, le tordit pour le déchirer, tira dessus pour achever de le séparer en deux, et dit à Julien:
«Si mon père me demande, tu lui diras que j'ai été porter ce vieux trait à raccommoder chez le bourrelier. Tu vois qu'il est cassé; regarde bien, pour dire ce qui en est si mon père te questionne.
—Je vois», répondit Julien tristement.
Frédéric s'en alla avec le trait.
«Je sais bien où il va, se dit Julien. Un rendez-vous avec son ami Alcide. Ce malheureux Frédéric! comme il est changé depuis quelque temps! Cet Alcide lui a fait bien du mal!»
«Julien, Julien! voici l'heure de t'habiller pour aller dîner chez M. Georgey, cria Mme Bonard. Il faut te faire propre, mon garçon. Mets ta blouse des dimanches; donne-toi un coup de peigne, un coup de savon, et viens me trouver dans la salle. Je t'y attends.»
Julien avait fini son ouvrage; il posa le balai dans l'écurie et courut se débarbouiller à la pompe.
«Je me nettoierai aussi bien à grande eau que si j'usais le savon de Mme Bonard. Frédéric a dit vrai; je suis à la charité de M. et Mme Bonard: je dois faire le moins de dépense possible.»
Julien soupira; puis il se lava, se frotta si bien, qu'il sortit très propre de dessous la pompe; il démêla ses cheveux bien lavés avec le peigne de l'écurie qui servait aux chevaux, mit du linge blanc, une vieille blouse déteinte, mais propre, ses souliers ferrés, et alla retrouver dans la salle Mme Bonard, qui l'attendait en raccommodant du linge. Elle l'examina.