MADAME BONARD.—Et que veux-tu faire de mieux, mon ami? Quand tu seras plus grand, tu feras autre chose.

JULIEN.—Oui, maîtresse; mais en attendant, je mange votre pain, je bois votre cidre, je vous coûte de l'argent; c'est une charité que vous me faites, et je ne puis rien pour vous, moi; voilà ce qui me fait de la peine.»

Julien passa le revers de sa main sur ses yeux. Mme Bonard s'arrêta et le regarda avec surprise.

MADAME BONARD.—Ah çà! qu'est-ce qui te prend donc? Où as-tu pris toutes ces idées?

JULIEN.—On me l'a dit, maîtresse; de moi-même je n'y avais pas pensé: je suis trop bête pour l'avoir compris tout seul.

MADAME BONARD.—Si je savais quel est le méchant coeur qui t'a donné ces sottes pensées, je lui dirais ce que j'en pense, moi. Ce n'est pas toi qui es bête, c'est l'imbécile qui t'a fait croire tout ce que tu viens de me débiter. Nomme-le-moi, Julien; je veux le savoir.

JULIEN.—Pardon, maîtresse; je ne peux pas vous le dire, puisque vous trouvez qu'il a mal fait.

MADAME BONARD.—Bon garçon, va! Mais n'en crois pas un mot, c'est tout des mensonges. J'ai besoin de toi, et tu me fais l'ouvrage d'un homme, et tu prends mes intérêts, et je serais bien embarrassée sans toi.

JULIEN.—Merci bien, maîtresse, vous avez toujours été bonne pour moi.»

Ils continuèrent leur chemin et arrivèrent bientôt chez M. Georgey; le père Bonard les attendait à la porte.