PRUDENCE.—Mais je n'entre pas au salon avec Mademoiselle; pour rester à l'antichambre, ma robe d'indienne est bien assez belle.
SIMPLICIE.—Pas du tout! les domestiques se moqueraient de toi, et c'est sur moi que cela retomberait; on dirait que j'ai une servante de quatre sous à mon service. Je ne veux pas recommencer les humiliations de l'autre jour.
La pauvre Prudence, un peu mortifiée et chagrine mais toujours dévouée à ses maîtres, quitta la chambre sans mot dire et revint, au bout de dix minutes, parée comme une châsse. Un grand bonnet breton, une croix à la Jeannette un châle en foulard de coton, plissé à la bretonne, une robe de laine rayée rouge un tablier en laine noire, des souliers à boucles, des bas à côtes formaient un ensemble breton pur sang. Simplicie l'examina des pieds à la tête, et fut contente, son amour-propre était satisfait.
—C'est bien, dit-elle; dis à Coz d'aller chercher une voiture.
Peu d'instants après, Simplicie roulait avec Prudence et Coz vers le faubourg Saint-Germain, cette fois, aucune discussion ne s'éleva entre Coz et le cocher. Simplicie entra au salon, laissant Prudence et Coz à l'antichambre. Claire laissa échapper un: «Ah!» involontaire à l'apparition de cette toilette singulière. L'exclamation de Claire fit retourner une douzaine de cousines et d'amies qui étaient réunies dans le salon, et chacune répéta le «Ah!» de Claire; un sourire général succéda à ce premier moment de surprise. Simplicie avança pour dire bonjour à ces demoiselles; elle se mit en devoir d'adresser une révérence à chacune d'elles. A la cinquième, Sophie s'écria:
—Assez, assez, Simplicie; nous ne sommes pas en cérémonie comme à une présentation; Claire, mène la dire bonjour à maman.
Claire, étouffant un sourire, emmena Simplicie dans le salon à côté.
—Maman, dit-elle…
—Que veux-tu, Claire? dit Mme de Roubier sans se retourner
CLAIRE.—Maman, voici Simplicie Gargilier qui vient vous dire bonjour.