La femme de chambre se retira; Prudence déballa et rangea, pendant que Simplicie boudait, assise dans un fauteuil, et que Coz courait au marché pour avoir de quoi déjeuner et dîner. Quand il apporta ses provisions. Prudence les examina avec satisfaction, plaça le vin dans un endroit frais; le charbon et le bois dans un réduit destiné à cet usage, les provisions de bouche dans un garde-manger attenant à la cuisine; Coz lui fut d'un grands secours; Simplicie finit par se dérider et par aider aussi, non seulement à l'arrangement général, mais encore aux préparatifs du déjeuner; elle voulut mettre le couvert pour trois, mais Prudence s'y opposa.
—Non, Mam'selle, les maîtres ne mangent pas avec les serviteurs; Coz et moi, nous vous servirons, et nous déjeunerons ensuite dans l'antichambre.
En effet; quand le déjeuner fut prêt, Simplicie se mit à table; Prudence lui apporta une omelette, deux côtelettes et une tasse de café au lait avec une brioche. Simplicie mangea avec appétit et trouva le service très bien fait. Coz y mettait toute son intelligence et sa bonne volonté; Prudence y avait mis tout son amour-propre et son amour pour sa jeune maîtresse.
Après le repas, quand la table fut desservie et pendant que Prudence et Coz mangeaient à leur tour, Simplicie, restée seule, sans livres, sans occupations, réfléchit beaucoup et profita de ses réflexions; elle commença à être touchée! du dévouement de Prudence, qui ne trouvait même pas sa récompense dans, l'amitié et les bonnes paroles de Simplicie; toujours Simplicie la rudoyait et jamais elle ne lui témoignait la moindre reconnaissance, la moindre affection. La pauvre Prudence, comme un chien fidèle, supportait tout, ne se plaignait de rien, ne demandait, ni récompense, ni merci, et croyait n'accomplir qu'un devoir rigoureux là où elle donnait des preuves du plus humble dévouement et de la plus vive affection. Les reproches de Mme de Roubier revinrent à la mémoire de Simplicité; son orgueil, d'abord révolté, fut obligé de reconnaître la vérité de ses accusations; elle rougit à la pensée du peu d'estime qu'elle inspirait; elle regretta d'être reléguée seule dans un, coin de l'hôtel, au lieu de s'amuser avec ces charmantes petites, filles, si aimables, si bonnes, si aimées. Elle n'était pas encore changée, mais elle commençait à reconnaître qu'il y avait à changer en elle et à rougir de ses défauts. Elle eut le temps de réfléchir, de rougir et de soupirer, car, après le repas, Prudence et Coz rangèrent l'appartement, puis lavèrent et essuyèrent la vaisselle et les casseroles.
Il était deux heures quand ils eurent fini leur ouvrage; on frappa à la porte.
—Entrez! cria Prudence.
C'était Mme de Roubier, avec Claire et Marthe, qui venait savoir des nouvelles de Simplicie, voir si elle ne manquait de rien et si elle ne désirait pas quelques livres.
Prudence ouvrit la porte; Simplicie, étendue dans un fauteuil, s'y était profondément endormie; elle n'entendit pas entrer ces dames, qui examinèrent avec curiosité et pitié les marques des soufflets de sa tante.
—Comment cette tante a-t-elle pu se portera de tels actes de colère, demanda Mme de Roubier, et pourquoi vous a-t-ellc ainsi battues toutes deux?
Prudence raconta à Mme de Roubier la scène qu'elles avaient subie en rentrant de chez elle la veille au soir.