—Pourquoi? c'est ce que je ne puis dire à Madame, j'ai bien vu, à quelques paroles qui lui échappaient; qu'elle aurait voulu venir avec Mam'selle chez Madame; mais comme elle n'en avait rien dit avant notre départ, ni Mam'selle ni moi nous n'étions pas plus coupables que l'enfant que vient de naître. Madame juge que Mam'selle, qui n'a pas l'habitude d'être battue, a été impressionnée à croire qu'elle allait mourir; la pauvre enfant a passé la nuit à pleurer et à trembler. Moi-même, qui n'étais pas plus contente qu'elle, je ne trouvais rien pour la consoler, sinon quand je lui ai proposé de nous sauver de grand matin. Ça l'a un peu remontée; et puis nous avons résolu de demander refuge à Madame, ne connaissant personne dans Paris. Ville de malheur, nous n'y avons eu que de l'ennui! Madame me croira si elle veut, mais je considère le temps que j'y ai passé comme un temps de galères. J'espère bien que Monsieur me permettra de lui ramener Mam'selle et M. Innocent qui n'est guère plus heureux dans sa pension. Le voilà bien avancé avec son uniforme qui lui bat les talons; joli respect qu'on lui porte! En voila encore une idée!
Simplicie dormait toujours; elle rêvait, elle gémissait, se tordait les mains; des larmes coulèrent de ses yeux et roulèrent sur ses joues gonflées. Claire et Marthe eurent pitié d'elle.
—Maman, quand elle s'éveillera, elle pourra venir chez nous n'est-ce pas? Voyez comme elle a l'air malheureux, comme elle gémit.
—En rêve, mon enfant, en rêve, Il est probable qu'au réveil elle se retrouvera dans son état accoutumé.
—Mais nous pourrons venir la voir pour la désennuyer?
—Oui, nous reviendrons après notre promenade; en attendant, laissez-lui les livres que nous lui avions apportés.
Mme de Roubier sortit avec ses filles, laissant Simplicie toujours endormie.
XIX
LES ÉPREUVES D'INNOCENT
Innocent n'avait aucun soupçon de ce qui s'était passé chez sa tante et de la fuite de sa soeur. Il continuait à la pension sa vie pénible et accidentée par les tours innombrables que lui jouaient ses camarades. Paul, Jacques et Louis le protégeaient de leur mieux mais ils n'étaient pas de sa classe et ils ne pouvaient prévoir ni empêcher les méchancetés de détail dont il était la victime.