Et, se jetant sur Boginski, elle voulut passer; il la repoussa doucement; elle l'accabla d'injures, de coups; il supporta tout et ne bougea pas d'une semelle.

—Pas bien, Mâme Bonbeck, pas bien. Battre moi, ça fait rien, moi pas faire mal; mais battre enfant, c'est mauvais. Pauvre petite! elle a peur; veut pas venir, veut rester; faut la laisser.

—Animal! dit Mme Bonbeck en s'éloignant, je te croyais plus plat. J'aime mieux ça: je n'aime pas les gens qui me cèdent toujours. Vous avez raison, mon ami, il faut laisser cette péronnelle. Qu'en ferais-je, au total? Qu'elle aille au diable! ça m'est parfaitement égal.

Mme Bonbeck regarda Simplicie avec dédain, et, tournant les talons, elle marcha vers la porte d'entrée.

—Ouvrez, dit-elle à Boginski.

Boginski ouvrit et attendit pour la laisser passer.

«Passez donc, puisque vous êtes là», continua-t-elle.

Boginski passa. Il n'eut pas plus tôt franchi le seuil, que Mme Bonbeck poussa la porte avec violence, mit le verrou et se retourna vers Simplicie d'un air de triomphe:

—Te voilà prise, ma fille; pas moyen d'échapper à la vieille tante. Ce que je veux, je le veux bien! Sera bien fin celui qui m'attrapera… Vas-tu finir ton train, toi, Polonais? cria-t-elle à Boginski, qui frappait à la porte. Oui, oui, tambourine, mon garçon, démène-toi. Ah! Ah! ah! je les tiens à présent!

Boginski criait, appelait, frappait; Mme Bonbeck riait, jurait et se frottait les mains. La malheureuse Simplicie, consternée, pâle comme une morte, tremblant de tous ses membres, n'osait ni répondre aux cris de Boginski ni faire un mouvement. Mme Bonbeck la regardait avec un rire moqueur; elle se plaça devant elle, les bras croisés; Simplicie recula jusqu'au mur, sa tante la suivit jusqu'à ce que ses bras, qu'elle tenait toujours croisés, touchassent à la poitrine de Simplicie.