—N'aie pas peur, je ne te battrai pas (ses yeux lançaient des éclairs). Je ne suis pas en colère; je yeux seulement te faire voir que je ne me laisse pas jouer comme un enfant, que Boginski ne peut m'empêcher de faire ce que je veux, et que s'il me plaît de t'emmener, je t'emmènerai.
Simplicie poussa un cri, auquel répondit un cri sauvage: elle reconnut la voix de Coz.
—Au secours! au secours! cria-t-elle. Coz, sauvez-moi!
Mme Bonbeck la saisit dans ses bras vigoureux malgré son âge, la poussa dans la seconde chambre, dont elle verrouilla la porte, ouvrit une porte qui donnait sur un petit perron, et, voyant qu'il n'y avait personne dans la cour, elle empoigna Simplicie, sauta les trois marches du perron, la tenant toujours et l'entraînant après elle, et courut à la voiture qui l'avait amenée; elle y poussa Simplicie, y monta elle-même, et ordonna au cocher de retourner rue Godot, 15. Le cacher partit, et Simplicie se trouva encore une fois au pouvoir de sa tante. Son désespoir fut terrible; son imagination lui représenta les scènes les plus affreuses; elle sanglotait, et se tordait les bras.
—Simplette, dit Mme Bonbeck d'une voix radoucie, je t'ai cherchée partout le lendemain de la scène où je t'avais battue; je ne t'ai pas trouvée puisque tu t'étais sauvée. Boginski et moi, nous t'avons cherchée à la pension où l'on ne t'avait pas vue, chez Mme de Roubier, où l'on n'a jamais voulu me laisser entrer, malgré tout ce que j'ai pu faire, j'ai été fâchée de ta fuite; j'ai craint de te laisser sans autre protection qu'une sotte Bretonne et un rustre Polonais. J'ai vu en retournant à la pension, il y a une demi-heure, descendre de voiture Prude et Coz; je suis accourue ici, te sachant seule; je t'ai demandée poliment au concierge, il m'a indiqué ta porte et c'est toi qui m'as ouverte Maintenant, écoute-moi: je ne veux pas que tu restes à la charge de Mme de Roubier; je suis ta tante, et c'est chez moi que tu dois demeurer et tu y viendras, et tu vivras seule avec moi; je ne veux pas de Prude, qui te gâte et qui te laisse faire des sottises. Je ne veux pas de Coz, qui a aidé à ta fuite, et je ne veux, pas d'Innocent, qui est un sot. Je te promènerai moi-même, je te ferai travailler…
—Et moi, je me tuerai si papa me laisse chez vous!
—Ta, ta, ta! on ne se tue pas pour si peu de chose; mais nous voilà arrivées; descends et monte l'escalier pendant que Je paye le cocher.
Mme Bonbeck, qui avait été si fine avec Boginski, le fut moins avec Simplicie; celle-ci ne fut pas plus tôt descendue de voiture, qu'elle partit comme une flèche et courut vers le boulevard; Mme Bonbeck, ébahie, appela d'abord, voulut courir ensuite, mais le cocher l'arrêta.
—Mon argent, s'il vous plaît, bourgeoise.
—Je vous payerai tout à l'heure, mon ami…