«Vos enfants sont des nigauds, surtout Simplette, qui n'a pas voulu rester avec moi. Votre Prude est une sotte que vous devriez renvoyer et qui gâte vos enfants. Ils ont emmené un de mes Polonais; c'est un ingrat, je ne le regrette pas. Voilà mon imbécile de Boginski qui s'est avisé d'être malade; il est guéri, mais il ne peut pas faire de musique; le médecin lui ordonne d'aller passer une quinzaine de jours à la campagne; comme je ne sais où le faire aller, je l'envoie demain chez vous, j'ai gardé votre sotte fille et sa sotte bonne pendant un mois. vous pouvez bien me garder mon Polonais pendant quinze jours. Ne manquez pas de me le renvoyer dès qu'il pourra jouer du violon. Adieu, mon frère. Dites à Simplette qu'elle est plus bête qu'une oie. Vous avez bien mal élevé vos enfants; si je les avais eus, ils eussent été élevés autrement. «Votre soeur,
«Ambroisine BONBECK.»
SIMPLICIE,—Tiens? ma tante qui envoie Boginski! je vais le dire à
Prudence.
INNOCENT.—Prudence, Boginski arrive ce soir! ma tante l'envoie.
PRUDENCE.—Que je suis contente! Quel plaisir son arrivée va faire à notre bon Coz!… Coz, Coz!… le voilà qui passe passe tout juste. Coz! votre ami Boginski arrive ce soir; Mme Bonbeck nous l'envoie!
—Bonheur! s'écria Coz, merci, Madame Prude, vous bien bonne de dire à
Coz; vous toujours bonne. Moi vous aider à tout préparer pour ami.
Coz et Prudence préparèrent une chambre pour Boginski et Coz par ordre de M. Gargilier, partit avec une carriole peur ramener son ami de la ville.
Quand Boginski arriva, ni Prudence ni les enfants ne le reconnurent, tant il était changé, maigri et pâli. Il avait été fort malade; Mme Bonbeck avait été très bonne pour lui, mais elle était si agitée, si remuante, elle parlait tant, elle grondait tellement tout le monde que le médecin déclara que le malade mourrait si on ne lui donnait, du repos en l'envoyant à la campagne; c'était lui-même qui avait demandé aller chez M. Gargilier.
Au bout d'un mois, il fallut répondre à Mme Bonbeck, qui menaçait de venir elle-même chercher son Polonais. M. Gargilier fit venir Boginski et lui fit voir la lettre de sa soeur.
—Que dois-je lui répondre, mon ami? Désirez-vous nous quitter et retourner chez ma soeur?