INNOCENT.—Où iras-tu? Moi, c'est différent; J'irai à la pension des Jeunes savants. Prudence, prends la lettre que papa a écrite au maître de pension; nous irons la porter aujourd'hui.

PRUDENCE.—La voici dans mon portefeuille, monsieur Innocent. Mais comment trouverons-nous la rue et la maison?

INNOCENT.—Nous dirons à un des Polonais de nous y mener.

PRUDENCE.—C'est une bonne idée, ça. Je vais vite ranger vos effets, et nous appellerons les Polonais.

Prudence, aidée d'Innocent et de Simplicie, parvint à tout mettre en ordre; elle mit le linge entre les matelas; elle enveloppa dans une serviette celui d'Innocent, dans une autre tes habits et chaussures du collège; elle arrangea de son mieux ses robes et celles de Simplicie dans les deux compartiments de la malle; ensuite elle donna aux enfants de l'eau, du savon, des peignes et des brosses. Ils firent leur toilette et s'apprêtaient à sortir, quand Croquemitaine vint les prévenir qu'il était midi et, que leur tante les attendait pour déjeuner. Ils n'osèrent pas résister à la sommation, et, laissant Prudence déjeuner de son côté avec Croquemitaine, ils allèrent au salon.

—Arrivez donc, sapristi! J'aime qu'on soit exact, moi; mettons-nous à table, j'ai une faim d'enragée. Mets-toi là, Simplette, à ma droite; et toi, par ici, nigaud, en face de moi. Où sont les Polonais? Fais-les venir, Croquemitaine. Je n'aime pas attendre, tu sais.

Deux minutes après, les Polonais, lavés, peignés, nettoyés, entraient, saluaient, remerciaient.

—Aurez-vous bientôt fini vos révérences? Je n'aime pas tout ça. A table, et mangeons.

Croquemitaine apporta une omelette. Mme Bonbeck la partagea en cinq parts, réservant un bout pour Prudence et Croquemitaine.

—Tiens, Croquemitaine, emporte ça et mange là-bas avec Prude, qui doit avoir l'estomac creux. J'ai une faim terrible, moi!