Et Mme de Réan, se penchant vers le ruisseau, en but quelques gorgées et jeta de l'eau sur son visage et sur ses mains. Les enfants en firent autant; Mme de Réan leur fit tremper la tête dans l'eau fraîche. Ils se sentirent ranimés, et leur tremblement se calma.
Les pauvres chiens s'étaient tous jetés dans l'eau; ils buvaient, ils lavaient leurs blessures, ils se roulaient dans le ruisseau; et ils sortirent de leur bain nettoyés et rafraîchis.
Au bout d'un quart d'heure, Mme de Réan se leva pour partir. Les enfants marchèrent près d'elle.
«Sophie, dit-elle, crois-tu que j'aie eu raison de te défendre de t'arrêter?»
SOPHIE.—Oh oui! maman; je vous demande bien pardon de vous avoir désobéi; et toi, mon bon Paul, je suis bien fâchée de t'avoir appelé poltron.
MADAME DE RÉAN.—Poltron! tu l'as appelé poltron! Sais-tu que, lorsque nous avons couru vers toi, c'est lui qui courait en avant? As-tu vu que, lorsque les autres loups arrivaient au secours de leur camarade, Paul, armé d'un bâton qu'il avait ramassé en courant, s'est jeté au-devant d'eux pour les empêcher de passer, et que c'est moi qui ai dû l'enlever dans mes bras et le retenir auprès de toi pour l'empêcher d'aller au secours des chiens? As-tu remarqué aussi que, pendant tout le combat, il s'est toujours tenu devant toi pour empêcher les loups d'arriver jusqu'à nous? Voilà comme Paul est poltron!»
Sophie se jeta au cou de Paul et l'embrassa dix fois en lui disant: «Merci, mon bon Paul, mon cher Paul, je t'aimerai toujours de tout mon coeur.»
Quand ils arrivèrent à la maison, tout le monde s'étonna de leurs visages pâles et de la robe de Sophie déchirée par les dents du loup.
Mme de Réan raconta leur terrible aventure; chacun loua beaucoup Paul de son obéissance et de son courage, chacun blâma Sophie de sa désobéissance et de sa gourmandise, et chacun admira la vaillance des chiens, qui furent caressés et qui eurent un excellent dîner d'os et de restes de viande.
Le lendemain, Mme de Réan donna à Paul un uniforme complet de zouave; Paul, fou de joie, le mit tout de suite et entra chez Sophie; elle poussa un cri de frayeur en voyant entrer un Turc coiffé d'un turban, un sabre à la main, des pistolets à la ceinture. Mais, Paul s'étant mis à rire et à sauter, Sophie le reconnut et le trouva charmant avec son uniforme.