Les yeux de Sophie brillèrent; elle passa sa langue sur ses lèvres.
«Allons vite prévenir maman», dit-elle à Paul; et elle partit en courant. Quelques instants après, la maman arriva, paya le port du paquet et l'emporta au salon, où la suivirent Sophie et Paul. Ils furent très attrapés quand ils virent Mme de Réan poser le paquet sur la table et retourner à son bureau pour lire et écrire.
Sophie et Paul se regardèrent d'un air malheureux.
«Demande à maman de l'ouvrir», dit tout bas Sophie à Paul.
PAUL, tout bas. —Je n'ose pas; ma tante n'aime pas qu'on soit impatient et curieux.
SOPHIE, tout bas. —Demande-lui si elle veut que nous lui épargnions la peine d'ouvrir le paquet en l'ouvrant nous-mêmes.
LA MAMAN.—J'entends très bien ce que vous dites, Sophie; c'est très mal de faire la fausse, de faire semblant d'être obligeante et de vouloir m'épargner un ennui, quand c'est tout bonnement par curiosité et par gourmandise que tu veux ouvrir ce paquet. Si tu m'avais dit franchement: «Maman, j'ai envie de voir les fruits confits, permettez-moi de défaire le paquet», je te l'aurais permis. Maintenant je te défends d'y toucher.
Sophie, confuse et mécontente, s'en alla dans sa chambre, suivie de Paul.
«Voilà ce que c'est que d'avoir voulu faire des finesses, lui dit Paul. Tu fais toujours comme cela, et tu sais que ma tante déteste les faussetés.»
SOPHIE.—Pourquoi aussi n'as-tu pas demandé tout de suite quand je te l'ai dit? Tu veux toujours faire le sage et tu ne fais que des bêtises.