—Je comprends, reprit Henri d'un ton moqueur; c'est toi qui avais tourné les talons et qui te sauvais.

—Je m'en allais pour vous chercher, dit Auguste; les maudites bêtes coururent après moi, lorsque Cadichon vint à mon secours en saisissant par la peau du dos le plus gros des chiens; il le secouait pendant que je grimpais à l'arbre; l'autre sauta après moi, m'attrapa par mon habit, et m'aurait mis en pièces, si Cadichon ne m'eût pas encore préservé de ce méchant animal; il donna un dernier et bon coup de dent au premier chien, qu'il lança en l'air, et qui alla retomber, brisé et saignant, à quelques pas plus loin; ensuite Cadichon saisit par la queue celui qui tenait le pan de mon habit, ce qui le fui fit lâcher immédiatement; après l'avoir tiré au loin, il se retourna avec une agilité surprenante, et lui lança à la mâchoire une ruade qui doit lui avoir cassé quelques dents. Les deux chiens se sauvèrent en hurlant, et je me préparais à descendre de l'arbre lorsque vous êtes revenus.

On admira beaucoup mon courage et ma présence d'esprit, et chacun vint à moi, me caressa et m'applaudit.

—Vous voyez bien, dit Jacques d'un air triomphant et l'oeil brillant de bonheur, que mon ami Cadichon est redevenu excellent; je ne sais pas si vous l'aimez, mais moi je l'aime plus que jamais. N'est-ce pas, mon Cadichon, que nous serons toujours bons amis?

Je répondis de mon mieux par un braiment joyeux; les enfants se mirent à rire, et, se mettant à table, ils continuèrent leur repas. Madeleine servit sa crème.

—La bonne crème! dit Jacques.

—J'en veux encore, dit Louis.

—Et moi aussi, et moi aussi, dirent Henriette et Jeanne.

Madeleine était contente du succès de sa crème; il est juste de dire que chacun avait réussi parfaitement, que le déjeuner fut mangé en entier, et qu'il n'en resta rien. Le pauvre Jacques eut pourtant un moment d'humiliation. Il s'était chargé des fraises à la crème. Il avait sucré sa crème et il avait versé dedans les fraises tout épluchées. C'était très bien; malheureusement, il avait fini avant les autres. Voyant qu'il avait du temps devant lui, il voulut perfectionner son plat, et il se mit à écraser les fraises dans la crème. Il écrasa, écrasa si longtemps et si bien, que les fraises et la crème ne firent plus qu'une bouillie, qui devait avoir très bon goût, mais qui n'avait pas très bonne mine.

Lorsque le tour de Jacques arriva, et qu'il voulut servir ses fraises: