—Que me donnes-tu là? s'écria Camille. De la bouillie rouge? Qu'est-ce que c'est? Avec quoi l'as-tu faite?
—Ce n'est pas de la bouillie rouge, dit Jacques un peu confus; ce sont des fraises à la crème. C'est très bon, je t'assure, Camille; goûtes-en, tu verras.
—Des fraises? dit Madeleine, où sont les fraises? Je ne les vois pas. C'est dégoûtant ce que tu nous donnes.
—Mais oui, c'est dégoûtant, s'écrièrent tous les autres.
—Je croyais que ce serait meilleur écrasé, dit le pauvre petit Jacques, les yeux pleins de larmes. Mais, si vous voulez, j'irai vite cueillir d'autres fraises et chercher de la crème à la ferme.
—Non, mon petit Jacques, dit Elisabeth, touchée de sa douleur; ta crème doit être très bonne. Veux-tu m'en servir? Je la mangerai avec grand plaisir.
Jacques embrassa Elisabeth; sa figure reprit un air joyeux, et il en servit plein une assiette.
Les autres enfants, attendris comme Elisabeth par la bonté et la bonne volonté de Jacques, lui en demandèrent tous, et tous, après avoir goûté, déclarèrent que c'était excellent. Le petit Jacques, qui avait examiné avec inquiétude leurs visages pendant qu'ils goûtaient à sa crème, redevint radieux quand il vit le succès de son invention.
Le déjeuner fini, ils se mirent à laver la vaisselle dans un grand baquet qui avait été oublié la veille et que la gouttière avait rempli dans la nuit.
Ce ne fut pas le moins amusant de l'affaire, et la vaisselle n'était pas encore finie quand l'heure de l'étude sonna, et que les parents rappelèrent leurs enfants pour se mettre au travail. Ils demandèrent un quart d'heure de grâce pour achever de tout essuyer et ranger. On le leur accorda. Avant que le quart d'heure fût écoulé, tout était rapporté à la cuisine, mis en place, les enfants étaient au travail, et Auguste avait fait ses adieux pour retourner chez lui.