Il recommença, mais il ne réussit pas mieux la seconde fois que la première.
—Je sais ce que c'est, dit-il. Je suis trop près du bord; il n'y a pas assez d'eau. Je vais entrer dans le bateau; comme il est très long, je serai assez éloigné du bord pour pouvoir bien développer mon épervier.
—Non, Auguste, dit Pierre, ne va pas dans le bateau; avec ton épervier, tu peux t'embarrasser dans les rames et les cordages, et tu ferais la culbute dans l'eau.
—Mais tu es comme un bébé de deux ans, Pierre, répliqua Auguste; moi, j'ai plus de courage que toi. Tu vas voir.
Et il s'élança dans le bateau, qui alla de droite et de gauche. Auguste eut peur quoiqu'il fît semblant de rire, et je vis qu'il allait faire quelque maladresse. Il déploya et étendit mal son filet, gêné comme il l'était par le mouvement du bateau; ses mains n'étaient pas très rassurées, il chancelait sur ses pieds. L'amour-propre l'emporta toutefois, et il lança l'épervier. Mais le mouvement fut arrêté par la crainte de tomber à l'eau; l'épervier s'accrocha à son épaule gauche, et lui donna une secousse qui le fit tomber dans l'étang, la tête la première. Pierre et Henri poussèrent un cri de terreur qui répondit au cri d'angoisse qu'avait poussé le malheureux Auguste en se sentant tomber. Il se trouvait enveloppé dans le filet, qui gênait ses mouvements, et qui ne lui permettait pas de nager pour revenir sur l'eau et près du bord. Plus il se débattait, plus il resserrait le filet autour de son corps. Je le voyais enfoncer petit à petit. Quelques instants encore et il était perdu. Pierre et Henri ne pouvaient lui prêter aucun secours, ne sachant nager ni l'un ni l'autre. Avant qu'ils pussent amener du monde, Auguste devait périr infailliblement.
Je ne fus pas longtemps à prendre mon parti; me jetant résolument à l'eau, je nageai vers lui, et je plongeai, car il était déjà à une grande profondeur sous l'eau. Je saisis avec mes dents le filet qui l'enveloppait; je nageai vers le bord en le tirant après moi; je regrimpai la pente, fort escarpée, tirant toujours Auguste, au risque de lui occasionner quelques bosses en le traînant sur des pierres et des racines, et je l'amenai jusque sur l'herbe, où il resta sans mouvement.
Pierre et Henri, pâles et tremblants, accoururent près de lui, le débarrassèrent, non sans peine, du filet qui le serrait, et, voyant accourir Camille et Madeleine, ils leur demandèrent d'aller chercher du secours.
Les petits, qui avaient vu de loin la chute d'Auguste, arrivaient aussi en courant, et aidèrent Pierre et Henri à essuyer son visage et ses cheveux imprégnés d'eau. Les domestiques de la maison ne tardèrent pas à venir. On emporta Auguste sans connaissance, et les enfants restèrent seuls avec moi.
—Excellent Cadichon! s'écria Jacques, c'est pourtant toi qui as sauvé la vie à Auguste! Avez-vous vu tous avec quel courage il s'est jeté à l'eau?
Louis:—Oui, certainement! Et comme il a plongé pour rattraper Auguste!