—Voilà mon sauveur; sans lui, j'étais mort; j'ai perdu connaissance au moment où Cadichon, ayant saisi le filet, commençait à me tirer à terre; mais je l'ai très bien vu se jeter à l'eau et plonger pour me sauver. Jamais je n'oublierai le service qu'il m'a rendu, et jamais je ne reviendrai ici sans dire bonjour à Cadichon.
—Ce que vous dites là est très bien, Auguste, dit la grand'mère. Quand on a du coeur, on a de la reconnaissance envers un animal aussi bien que pour un homme. Quant à moi je me souviendrai toujours des services que nous a rendus Cadichon, et, quoi qu'il arrive, je suis décidée à ne jamais m'en séparer.
Camille:—Mais, grand'mère, il y a quelques mois, vous vouliez l'envoyer au moulin. Il aurait été très malheureux au moulin.
La grand'mère:—Aussi, chère enfant, ne l'y ai-je pas envoyé. J'en avais eu la pensée un instant, il est vrai, après le tour qu'il avait joué à Auguste, et à cause d'une foule de petites méchancetés dont toute la maison se plaignait. Mais j'étais décidée à le garder ici en récompense de ses anciens services. A présent, non seulement il restera avec nous, mais je veillerai à ce qu'il y soit heureux.
—Oh! merci, grand'mère, merci! s'écria Jacques, en sautant au cou de sa grand'mère, qu'il manqua jeter par terre. C'est moi qui aurai toujours soin de mon cher Cadichon; je l'aimerai, et il m'aimera plus que les autres.
La grand'mère:—Pourquoi veux-tu que Cadichon t'aime plus que les autres, mon petit Jacques? Ce n'est pas juste.
Jacques:—Si fait, grand'mère, c'est juste, parce que je l'aime plus que ne l'aiment mes cousins et cousines, et que lorsqu'il a été méchant, que personne ne l'aimait, moi, je l'aimais encore un peu ... et même beaucoup, ajouta-t-il en riant. N'est-il pas vrai, Cadichon?
Je vins aussitôt appuyer ma tête sur son épaule. Tout le monde se mit à rire, et Jacques continua:
—N'est-ce pas, mes cousines et cousins, que vous voulez bien que Cadichon m'aime plus que vous?
—Oui, oui, oui, répondirent-ils tous en riant.