—D'où vient-il donc? dit la maîtresse.

—Par où a-t-il passé? reprit le charretier.

Dans ma joie d'avoir évité le marché, je courus à eux. Ils me reçurent très bien, me caressèrent, me dirent que j'étais une bonne bête de m'être sauvé d'entre les mains des gens qui m'avaient volé, et me firent tant de compliments que j'en fus honteux, car je sentais bien que je méritais le bâton bien plus que des caresses. On me laissa paître tranquillement, et j'aurais passé une journée charmante, si je ne m'étals pas senti troublé par ma conscience, qui me reprochait d'avoir attrapé mes pauvres maîtres.

Quand le fermier revint et qu'il apprit mon retour, il fut bien content, mais aussi bien surpris. Le lendemain, il fit le tour de la prairie, et boucha avec soin tous les trous de la haie qui l'entourait.

«Il sera bien fin s'il s'échappe encore, dit-il en finissant. J'ai bouché avec des épines et des piquets jusqu'aux plus petites brèches; il n'y a pas de quoi donner passage à un chat.»

La semaine se passa tranquillement; on ne pensait plus à mon aventure. Mais au marché suivant je recommençai mon méchant tour, et je me cachai dans ce fossé qui m'évitait une si grande fatigue et un si grand ennui. On me chercha comme la dernière fois, on s'étonna plus encore, et l'on crut qu'un habile voleur m'avait enlevé en me faisant passer par la barrière.

«Cette fois, dit tristement mon maître, il est définitivement perdu. Il ne pourra pas s'échapper une seconde fois, et quand même il s'échapperait, il ne pourra rentrer; j'ai trop bien bouché toutes les brèches de la haie.»

Et il partit en soupirant; ce fut encore un des chevaux qui me remplaça à la charrette. De même que la semaine précédente je sortis de ma cachette quand tout le monde fut parti; mais je trouvai plus prudent de ne pas annoncer mon retour en faisant hi! han! comme l'autre fois.

Quand on me trouva mangeant tranquillement l'herbe dans la prairie. et quand mon maître apprit que j'étais revenu peu de temps après son départ, je vis qu'on soupçonnait quelque tour de ma façon; personne ne me fit de compliments, on me regardait d'un air méfiant, et je m'aperçus bien que j'étais surveillé plus que par le passé. Je me moquai d'eux, et je me dis en moi-même:

«Mes bons amis, vous serez bien fins si vous découvrez le tour que je vous joue; je suis plus fin que vous, et je vous attraperai encore et toujours.»