Camille et Madeleine avaient écouté ce récit avec un vif intérêt mêlé de terreur.
CAMILLE.—Quelles sont les bêtes qui vous ont fait si peur? As-tu pu les voir?
MARGUERITE.—Je ne sais pas du tout: j'étais si effrayée que je ne distinguais rien.
MADAME DE FLEURVILLE.—D'après ce que dit Marguerite, le premier animal doit être un loup, et le second un sanglier avec ses petits.
MARGUERITE.—Quel bonheur que le loup ne nous ait pas mangées! j'ai senti son haleine sur ma nuque.
MADAME DE FLEURVILLE.—Ce sont probablement les deux cris que vous avez poussés qui lui ont fait peur et qui vous ont sauvées: quand les loups ne sont pas affamés ils sont poltrons, et dans cette saison ils trouvent du gibier dans les bois.
MARGUERITE.—Le sanglier ne nous aurait pas dévorées, il ne mange pas de chair.
MADAME DE FLEURVILLE.—Non, mais d'un coup de défense il t'aurait déchiré le corps. Quand les sangliers ont des petits, ils deviennent très méchants.
Sophie, qui entra, interrompit la conversation; elle fut aussi embrassée, entourée, questionnée; elle parla avec chaleur de ses remords, de son chagrin d'avoir entraîné la pauvre Marguerite; elle assura que cette journée ne s'effacerait jamais de son souvenir, et dit que, lorsqu'elle serait grande, elle ferait faire par un bon peintre un tableau de cette aventure. Après avoir complété le récit de Marguerite par quelques épisodes oubliés:
«Et vous, chère madame, et vous, mes pauvres amies, dit-elle, avez-vous été longtemps à vous apercevoir de notre disparition? et qu'a-t-on fait pour nous retrouver?