—Il y avait plus d'une heure que vous aviez quitté la chambre d'étude, dit Mme de Rosbourg, lorsque Camille vint me demander d'un air inquiet si Marguerite et Sophie étaient chez moi. «Non, répondis-je, je ne les ai pas vues; mais ne sont-elles pas dans le jardin?—Nous les cherchons depuis une demi-heure avec Élisa sans pouvoir les trouver», me dit Camille. L'inquiétude me gagna; je me levai, je cherchai dans toute la maison, puis dans le potager, dans le jardin. Mme de Fleurville, qui partageait notre inquiétude, nous donna l'idée que vous étiez peut-être allées chez Françoise; j'accueillis cet espoir avec empressement, et nous courûmes toutes à la maison blanche: personne ne vous y avait vues; nous allâmes de porte en porte, demandant à tout le monde si l'on ne vous avait pas rencontrées. Le souvenir de la chute dans la mare, il y a trois ans, me frappa douloureusement; nous retournâmes en courant à la maison, et, malgré le peu de probabilités que vous fussiez toutes deux tombées à l'eau, on fouilla en tout sens avec des râteaux et des perches. Aucun de nous n'eut la pensée que vous aviez été dans la forêt. Rien ne vous y attirait: pourquoi vous seriez-vous exposées à un danger inutile? Ne sachant plus où vous trouver, j'allai de maison en maison demander qu'on m'aidât dans mes recherches. Une foule de personnes partirent dans toutes les directions; nous envoyâmes les domestiques, à cheval, de différents côtés, pour vous rattraper, vous aviez eu l'idée bizarre de faire un voyage lointain; jusqu'au moment de votre retour je fus dans un état violent de chagrin et d'affreuse inquiétude. Le bon Dieu a permis que vous fussiez sauvées et ramenées par cet excellent homme qui est boucher à Aube et qui s'appelle Hurel. Aujourd'hui il est trop tard; mais demain nous irons lui faire une visite de remerciements, et nous nous y rendrons en voiture, pour ne pas nous perdre de compagnie.
MARGUERITE.—Où demeure-t-il? est-ce bien loin?
MADAME DE ROSBOURG.—À deux bonnes lieues d'ici; il y a un bois à traverser.
SOPHIE.—Est-ce que nous vous accompagnerons, madame?
MADAME DE ROSBOURG.—Certainement, Sophie; c'est toi et
Marguerite qu'il a secourues, et probablement sauvées de la mort.
Il est indispensable que vous veniez.
SOPHIE.—Ça m'ennuie de le revoir; il va se moquer de nous: il avait l'air de trouver ridicule notre course dans la forêt.
MADAME DE FLEURVILLE.—Et il avait raison, chère enfant; vous avez fait véritablement une escapade ridicule. S'il se moque de vous, acceptez ses plaisanteries avec douceur et en expiation de la faute que vous avez commise.
MARGUERITE.—Moi, je crois qu'il ne se moquera pas: il avait l'air si bon.
MADAME DE FLEURVILLE.—Nous verrons cela demain. En attendant, commençons nos leçons; nous irons ensuite faire une promenade.
XXIV. Visite chez Hurel.