«La calèche découverte et le phaéton pour deux heures», dit Élisa au cocher de Mme de Fleurville.

LE COCHER.—Tout le monde sort donc à la fois, aujourd'hui?

ÉLISA.—Oui; madame vous fait demander si vous savez le chemin pour aller au village d'Aube?

LE COCHER.—Aube? Attendez donc… N'est-ce pas de l'autre côté de Laigle, sur la route de Saint-Hilaire?

ÉLISA.—Je crois que oui, mais informez-vous-en avant de vous mettre en route; ces demoiselles se sont perdues l'autre jour à pied, il ne faudrait pas qu'elles se perdissent aujourd'hui en voiture.

Le cocher prit ses renseignements près du garde Nicaise, et, quand on fut prêt à partir, les deux cochers n'hésitèrent pas sur la route qu'il fallait prendre.

Le pays était charmant, la vallée de Laigle est connue par son aspect animé, vert et riant; le village d'Aube est sur la grand-route; la maison d'Hurel était presque à l'entrée du village. Ces dames se la firent indiquer; elles descendirent de voiture et se dirigèrent vers la maison du boucher. Tout le village était aux portes; on regardait avec surprise ces deux élégantes voitures, et l'on se demandait quelles pouvaient être ces belles dames et ces jolies demoiselles qui entraient chez Hurel. Le brave homme ne fut pas moins surpris; sa femme et sa fille restaient la bouche ouverte, ne pouvant croire qu'une si belle visite fût pour eux.

Hurel ne reconnaissait pas les enfants, qu'il avait à peine entrevues dans l'obscurité; il ne pensait plus à son aventure de la forêt:

«Ces dames veulent-elles faire une commande de viande? demanda
Hurel. J'en ai de bien fraîche, du mouton superbe, du boeuf, du…

—Merci, mon brave Hurel, interrompit en souriant Mme de Rosbourg; ce n'est pas pour cela que nous venons, c'est pour acquitter une dette.»