HUREL.—Une dette? Madame ne me doit rien; je ne me souviens pas d'avoir livré à madame ni mouton, ni boeuf, ni…
MADAME DE ROSBOURG.—Non, pas de mouton ni de boeuf, mais deux petites filles que voici et que vous avez trouvées dans la forêt.
HUREL, _riant.—_Bah! ce sont là ces petites demoiselles que j'ai cueillies sur un arbre? Pauvres petites! elles étaient dans un état à faire pitié. Eh! mes mignonnes! vous n'avez plus envie d'arpenter la forêt, pas vrai?
MARGUERITE.—Non, non. Sans vous, mon cher monsieur Hurel, nous serions certainement mortes de fatigue, de terreur et de faim; aussi maman, Mme de Fleurville et nous, nous venons toutes vous remercier.
Marguerite, en achevant ces mots, s'approcha de Hurel et se dressa sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Le brave homme l'enleva de terre, lui donna un gros baiser sur chaque joue et dit:
«C'eût été bien dommage de laisser périr une gentille et bonne demoiselle comme vous. Et comme ça vous aviez donc bien peur?»
MARGUERITE.—Oh oui! bien peur, bien peur. On entendait marcher, craquer, souffler.
HUREL, _riant.—_Ah! bah! Tout cela est terrible pour de belles petites demoiselles comme vous; mais pour des gens comme nous on n'y fait pas seulement attention. Mais… asseyez-vous donc, mesdames; Victorine, donne des chaises, apporte du cidre, du bon!
Victorine était une jolie fille de dix-huit ans, fraîche, aux yeux noirs. Elle avança des chaises; tout le monde s'assit; on causa, on but du cidre à la santé d'Hurel et de sa famille. Au bout d'une demi-heure, Mme de Rosbourg demanda l'heure. Hurel regarda à son coucou.
«Il n'est pas loin de quatre heures, dit-il; mais le coucou est dérangé, il ne marque pas l'heure juste.»