«Les hérissons se sauvent, s'écria Marguerite; les voilà qui courent tous du côté du bois.»
Au même moment le garde accourut.
«Eh! eh! dit-il, mes pelotes qui se sont déroulées! Il ne fallait pas les lâcher, mesdemoiselles; je vais avoir du mal à les rattraper.»
Et le garde courut après les hérissons, qui allaient presque aussi vite que lui; déjà ils avaient gagné la lisière du bois; la mère pressait et poussait ses petits. Ils n'étaient plus qu'à un pas d'un vieux chêne creux dans lequel ils devaient trouver un refuge assuré; le garde était encore à sept ou huit pas en arrière; ils avaient le temps de se soustraire au danger qui les menaçait, lorsqu'une détonation se fit entendre. La mère roula morte à l'entrée du chêne creux; les petits, voyant leur mère arrêtée, s'arrêtèrent également.
Le garde, qui avait tiré son coup de fusil sur la mère, se précipita sur les petits et les jeta dans son carnier.
Camille, Madeleine et Marguerite accoururent.
«Pourquoi avez-vous tué cette pauvre bête, méchant Nicaise?» dit
Camille avec indignation.
MADELEINE.—Les pauvres petits vont mourir de faim à présent.
NICAISE.—Pour cela non, mademoiselle; ce n'est pas de faim qu'ils vont mourir: je vais les tuer.
MARGUERITE, _joignant les mains.—_Oh! pauvres petits; ne les tuez pas, je vous en prie, Nicaise.